L'actu du FLE
Entrevue avec
Dominique Chipot
octobre 2004
Le premier festival francophone de haïku s’est déroulé du 6 au 24 septembre dernier à Nancy. Entre expositions de haïgas, lectures de poèmes et conférences, les membres de l’association française de Haïku ont pu faire partager leur goût pour cet art poétique japonais, remis à la mode par le développement d’internet. Dominique Chipot est le président de cette association créée en août 2003.
Francophonie : qu’est-ce que le haïku ?
Dominique Chipot : c’est un petit poème de 17 syllabes en trois lignes (5, 7, 5), originaire du Japon, qui a été mis en vogue au XIX ème siècle. Il est important qu’il parle de la nature. Certains vont parler de la nature humaine, de façon humoristique, dans ce cas, on parle de senryu. Pour être complet, je dirai que lors de nos récentes rencontres, nous nous sommes mis d’accord sur une définition : « c’est un poème bref qui parle de l’instant », et dans lequel il s’agit de faire entrer le cosmos pour que l’auditeur – selon la tradition, le haïku est un exercice qui se pratique en groupe- ou le lecteur, puisse saisir l’état d’esprit du poète.
F. : Le Japonais est une langue composée de syllabes courtes et se prête facilement à ce style poétique, mais le français ?
D.C. : Ce sont les traducteurs anglophones qui ont contribué à la connaissance et à la diffusion du haïku, dès la fin du 19ème siècle, car leur langue est également à courtes syllabes. Le Printemps se traduit en anglais par « Spring » ; en italien et en roumain : « Primavera ». Un mot difficile à caser dans un poème de 17 syllabes ! Je vous laisse imaginer le haïku en allemand. En français, on peut y arriver. L’astuce est d’employer des onomatopées ou des interjections. Par ailleurs, on voit bien que, comme dans toute poésie, la simple traduction d’une langue à l’autre est insuffisante. C’est pour cela que l’on ne doit pas faire l’économie d’étudier « la culture » de l’haïku. En France, ce style poétique est resté très longtemps l’apanage d’un cercle de lettrés. Rendez-vous compte que notre revue, « Gong », est la première revue consacrée au haïku qui existe en langue française ! En outre, nous avons tendance à vouloir contourner les règles de la composition. En revanche, dans les pays anglo-saxons, où l’on trouvait des ouvrages très complets sur la question, le haïku s’est vite popularisé. Sous cette influence, les Québecois ont très tôt appris à composer des haïkus en français. D’ailleurs, l’un des chantres actuels du haïku francophone est le montréalais André Duhaime, mais on oublie que Jack Kerouac, le poète de la Beat Generation, qui parlait français à la maison, était aussi un féru de haïku.
F. : Ce premier festival était important pour votre association ?
D.C. : Bien sûr, car nous avons pu rencontrer certains de nos membres pour la première fois depuis la création de notre association. Il y avait des amis poètes du Québec, d’Allemagne, de Roumanie, de Belgique, des Pays-bas et d’Espagne. Jusqu’à présent nos contacts ne s’étaient effectués que par internet. La « Toile » est un outil fabuleux pour les haïkistes. Les échanges de courriels correspondent au style du haïku : un message bref, qui dépeint l’état d’esprit de l’expéditeur, immédiatement compréhensible. Il y a de nombreux sites de haïkistes, mais la majorité reste anglophone. Pour la raison que je vous expliquais tout à l’heure, mais aussi, parce que cela correspond au développement d’internet. D’autant que bien peu d’internautes connaissent le japonais pour lire le haïku en version originale ! Les haïkistes français se distinguent une fois de plus : ils préfèrent le support papier. Le beau papier.
Les livres «Anthologie de haïku francophone», «Chroniques de bureau», «sur d’autres pas», «le geai grincheux», les actes des réunions du premier festival francophone du haïku et la revue «Gong » sont disponibles à:
L’Association française de Haïku
14 rue Molière, 54280 Seichamps – France.
Propos recueillis par Marion Urban
Article publié le
20/10/2004