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2004,Année George Sand ou redécouverte d'un auteur majeur de son siècle
juillet 2004
Il y a deux cents ans, naquit Amandine Aurore Lucie Dupin, petite-fille de maréchal, qui traversera le 19ème siècle sous le nom de George Sand. Une femme libre, une "diable de femme" ou "une femme de notre temps", selon ses biographes. Aujourd'hui, le Ministère de la Culture a inscrit le bicentenaire de sa naissance au titre des "célébrations nationales" et fait de l'année 2004 l'année George Sand. Un anniversaire qui offre l'occasion, en France et dans le monde, de rendre hommage à cet auteur apprécié en son temps mais longtemps négligé par les spécialistes de notre siècle.
Tour à tour journaliste, romancière, épistolière, scénariste, bourgeoise catholique, mère, amante, ou militante communiste, la riche vie de George Sand se retrouve dans une œuvre immense de plus de 200 titres : témoignage unique d'une femme du siècle de Napoléon, des révolutions, de l'émancipation des campagnes et des empires. Victor Hugo, disait d'elle : "George Sand a dans notre temps une place unique. D'autres sont les grands hommes : elle est la grande femme".
Un écrivain influent
Quand Aurore Dupin, baronne Dudevant quitte le Berry pour Paris, libérée d'un mari encombrant, George Sand est mère célibataire et obligée d'écrire pour survivre. La "rage d'écrire" qui l'habitait déjà jeune devient un gagne-pain au journal "Le figaro", journal d'opposition républicain à l'époque. Et c'est au terme d'un apprentissage laborieux qu'elle devint un écrivain "professionnel". Refusant le statut de "femme auteur", déprécié à l'époque, elle écrit, souvent la nuit, une centaine de romans et feuilletons qui reflètent ses propres combats et ceux de la société française et européenne qui l'entoure : des romans féministes, sociaux et paysans empreints de l'idéal romantique, d'un style réfléchi et poétique mais réalistes et militants. George Sand voulait faire œuvre "utile".
Dès la parution du premier roman, "Indiana" (1831), publié sous le nom de George Sand, Balzac en remarqua la nouveauté : "Ce livre là est une réaction de la vérité contre le fantastique, du temps présent contre le moyen-âge, du drame intime contre la tyrannie du genre historique…Je ne connaîs rien de plus simplement écrit, de plus délicieusement conçu". George Sand devint rapidement une romancière à la mode en France comme à l'étranger. Le thème féministe, anti-cléricale, et socialiste de son œuvre refléta l'idéal de l'égalité démocratique contre toutes les formes d'oppression qui anima l'Europe des années 1830. Elle fit des émules chez Charlotte Brontë, Tourgeniev, Heine, Petöfi et Dostoievski qui voyait en elle "la mère du roman russe".
Reconnue sur le plan international par ses contemporains, George Sand fût oubliée ensuite. Au vingtième siècle, son œuvre a été longtemps négligée par les éditeurs et les études littéraires. On ne retenait de ses œuvres que les romans "champêtres" écrits à la fin de sa vie : "La mare au diable", "La petite fadette" ou "François de Champi", des petits romans considérés tout juste bons pour les élèves du collège. Aucune édition des œuvres complètes de George Sand n’a encore aboutie aujourd'hui et très peu de titres sont présents en librairie.
George Sand par les « sandiens »
L’année George Sand va permettre de réparer cet oubli et de mieux faire connaître les travaux des spécialistes. Car les études sandiennes sont longtemps restées dans l'ombre des départements universitaires français. Ils connaissent depuis 1999 un renouveau et un petit aperçu révèle tout l’intérêt stylistique, social et historique de la vie et l'œuvre d'une femme unique pour son siècle.
Commençons par ce travail de base, l’outil indispensable de tout chercheur sandien : sa correspondance. "La copie est une fonction chez Madame Sand […] Elle ne peut s'asseoir dans une pièce sans qu'il surgisse des plumes, de l'encre bleu, du papier à cigarettes, du tabac turc et du papier à lettres rayé", disait d'elle Théophile Gautier.
L'un des premiers "sandiens" du 20° siècle, Georges Lubin, a travaillé pendant cinquante ans pour rassembler la correspondance de George Sand avec deux mille soixante - quinze de ses contemporains en quelques vingt-mille lettres retrouvées…. Une correspondance avec un index des noms que l'on ne peut, hélas, plus trouver en librairie.
Ensuite, il faudrait aller faire un petit détour à l'étranger. Dans les pays où le féminisme des années '70 a permis d'initier des études "féminines" (et non féministes) fondées sur l'idée du "genre" : la condition féminine qui offre une autre perspective notamment dans les sciences humaines comme l'histoire ou la littérature. Aux Etats-Unis et au Canada, "The George Sand Association" rassemble les premières études stylistiques sur fond de psychanalyse consacrées à la condition de la femme au dix-neuvième siècle. La toute première étude, de Janis Glasgow : "Balzac et George Sand : "La femme abandonnée" et "Metella" met en lumière comment George Sand a pu s'inspirer de Balzac pour lui donner la réplique sur la condition féminine. Une étude plus stylistique intitulé "George Sand : l'écriture ou la vie" ( Isabelle Hoog Naginski) met l'accent sur l'originalité des formes romanesques maniées par l'écrivain qui aurait ainsi féminisé les normes fictionnelles de l'époque. Mentionnons encore cette étude intitulée "Fictions maternelles" (Maryline Luckacher), avec un chapitre sur Sand intitulé "Une double identité". Luckacher y examine les scénarios de fiction utilisés par Sand pour résoudre l'impasse familiale qu'elle a vécu entre sa mère et sa grand-mère et pour dépasser dans son œuvre cette déchirure initiale.
D'autres études sandiennes plus sociales et historiques, s'attachent à la place de l'écrivain dans l'histoire tumultueuse du 19° siècle. C'est dans cette optique qu'a été réalisée la traduction de "Histoire de ma vie", l'autobiographie de George Sand, par un collectif de chercheurs (Thelma Jurgrau ed : "Story of my life"). "Le siècle de George Sand" (A Powell, dir) réunit également 37 essais traitant de la place que l'auteur occupait dans la société de son temps sur le plan artistique, social, politique et littéraire.
Le tour du monde avec George Sand
De retour en France, repartons en voyage avec une approche géographique de la vie et de l'œuvre de George Sand proposée par Reine Prat : "J'aime à voir ce que je décris (…) N'eussé-je que trois mots à dire d'une localité, j'aime à la regarder dans mon souvenir et à me tromper le moins que je peux" écrit George Sand à Ulbach en 1869. George Sand fut une grande voyageuse dès son enfance: une première approche géographique serait donc celle des lieux décrits dans son œuvre. Entre Paris et son Berry natal, on y trouve nombre de régions de France, ainsi que les lieux symboles du romantisme européen : Allemagne, Autriche, Espagne, Italie…ou encore les lieux exotiques et plus ou moins imaginaires prisés également par ses amis Delacroix et Flaubert : l'île de la Réunion d' "Indiana", La Virginie de "Mauprat" , L'Iran de "Kourroglou" ou l'Inde de "Melchior".
Le voyage peut continuer en visitant les pays de ses amis : les contemporains avec lesquels elle entretenait une correspondance, et les réseaux internationaux actuels d'études sandiennes. Ce voyage permet d'établir une carte qui tisse les liens entre deux siècles de connaisseurs. Un lien qui passe dans absolument tous les pays de l'Europe : la Russie de Tourgeniev et de Bakounine, la Pologne de Chopin et du Prince Adam, l'Algérie de ses amis déportés après la révolution de 1848, et l'Egypte des premiers archéologues. Cet itinéraire se terminerait alors dans les pays nouvellement gagnés par les études sandiennes : le Japon, le Vietnam, la Corée et de nombreuses autres universités étrangères frappées par la modernité des idées de George Sand sur la démocratie et le suffrage universel, sur l'environnement, la condition féminine ou les questions sociales.
A l'occasion de l'année George Sand, deux ouvrages majeurs complèteront l'histoire littéraire du 19° siècle : une édition critique et complète de ses œuvres et un "Dictionnaire Sand" qui donnera enfin aux chercheurs l'instrument nécessaire à leurs travaux.
L’année George Sand sera célébrée dans de nombreux pays du monde avec des colloques, des séminaires et des manifestations culturelles. Pour tout savoir sur le programme, rendez-vous sur le site officiel de l'Année George Sand :
http://www.georgesand.culture.fr
et tout sur la grande dame sur le site de ses amis :
http://www.amisdegeorgesand.info
Lidwien
van Dixhoorn
Article publié le
19/07/2004