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Mots de l'actu |
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L'actu du FLE
Typologie de la radio

La radio peut se présenter comme un vaste repertoire de ressources sonores pour la classe de français. L'offre radiophonique est variée et elle reflète un grand nombre des façons de parler actuelles. Une véritable mine ! Encore faut-il pouvoir se retrouver dans tous ces programmes : débats, reportages, messages promotionnels, interviews, micro-trottoirs etc. Quel document choisir ?
Dans un premier temps, se poser la question du type d'oral proposé dans l'extrait choisi, deux possibilités : oral spontané ou écrit oralisé.
Le premier, l'oral spontané, comprend les marques orales de l'élaboration du discours au fur et à mesure qu'il se construit ou s'élabore, à savoir les hésitations et pauses remplies du type "euh", les ruptures de constructions ou les phrases inachevées, les répétitions. Le discours apparaît comme plus ou moins heurté en fonction de la plus ou moins grande habileté verbale, de la plus ou moins grande fluidité verbale du locuteur en question. La spontanéité est plus ou moins grande et la préparation n'est pas nécessairement absente, qui dit oral spontané ne veut pas toujours nécessairement dire improvisé, sans préparation, cela indique seulement la forme que prend l'oral.
Le second type est de l'écrit puisqu'il ne comporte en principe aucun des ratés de l'oral et est une oralisation d'un support écrit. Il peut simplement comporter davantage de redondances et de reprises lexicales, nécessaires à la bonne mémorisation du contenu, qu'un texte écrit.
La différence des formes de l'oral nécessite un traitement différencié dans la mesure où dans le premier cas il est difficile de travailler sur la transcription alors que dans le second cas il sera facile de repérer (et éventuellement de faire repérer) les marques prosodiques qui fonctionneront comme des signes de ponctuation.
Dans l'oral spontané la bonne conformité aux modèles morphosyntaxiques étant impossible à repérer, la compréhension du document se fera à partir de la capacité à repérer les éléments lexicaux et verbaux de différente nature mis en valeur par des marques prosodiques (accentuation et/ou pauses) et qui contribuent au sens par-delà les ratés du discours.
Un second point important se trouve dans les caractéristiques du discours lui-même que l'on pourra typologiser et dont on peut retrouver les genres ou formes récurrentes à la radio.
Travailler un extrait radiophonique doit permettre de travailler autant sur la forme que sur le sens, l'un aidant l'autre dans la compréhension. Mettre en valeur les caractéristiques discursives de tout document est indispensable pour le rendre abordable pédagogiquement et cela passe par la mise à plat des conditions de productions du discours.
Pour ce faire, on peut répondre aux questions suivantes et travailler à partir de certains critères :
- combien de locuteurs, un ou plusieurs ?
- échange ou non échange ?
- échange en face à face ou à travers un canal (tél par exemple) ?
- en extérieur ou en studio ?
- oral spontané (préparé ou non) ou écrit oralisé ?
Ces critères permettant de classer les divers documents oraux pour mettre en valeur les régularités grammaticales, discursives et textuelles qui les caractérisent.
Pour rendre compte d'une typologie des discours radiophoniques, on pourra catégoriser les formes qui sont des réalisations prototypiques dont chaque auditeur a la représentation comme par exemple :
- bulletin d'information (un seul locuteur, non échange, en studio, écrit oralisé)
- bulletin météorologique (idem)
- questionnement « heure de vérité » d'un homme politique : interview préparée (deux locuteurs, échange en face à face (ou éventuellement à travers un téléphone), en studio, oral spontané)
- interview « à chaud », style micro-trottoir (plusieurs locuteurs, échange, en face à face, en extérieur, oral spontané).
Ce sont des genres oraux à variantes multiples utilisant des formes et des types de discours variables avec des règles du jeu communicationnel et des structures d'ensemble les caractérisant. Il est bon alors de travailler avec les élèves sur les caractéristiques discursives. On prendra ici quelques exemples.
Si l'on travaille sur une interview, c'est-à-dire un questionnement entre deux locuteurs, il serait intéressant de faire repérer ce qui est de l'ordre de l'interaction, ce qui fait qu'un discours se construit à deux entre les questions de l'intervieweur et les réponses de l'interviewé, rechercher les cohérences entre questionnement et réponse, mais aussi les stratégies d'évitement ou les tentatives de canalisation, de réorientation de l'intervieweur pour ramener son interlocuteur là où il le désire.
On pourra aussi s'intéresser aux prises d'initiative, étudier les marqueurs qui servent d'ouverture à un échange, ceux qui marquent la poursuite de l'échange, ainsi que les marqueurs interactionnels vides de sens mais nécessaires aux locuteurs, exemple : alors, dis donc, y paraît que, c'est vrai que, etc.
En fonction de la situation d'énonciation, on s'intéressera aux différentes formulations linguistiques des actes de parole dégagés dans le document (notamment lors d'une interview type micro-trottoir où on interroge à chaud des personnes rencontrées au hasard sur un thème d'actualité, des impressions, etc.), et on pourra s'arrêter sur des indices linguistiques et grammaticaux particuliers, à savoir des éléments lexicaux à travers l'exploitation d'un champ lexical en liaison avec la thématique mais aussi le choix des temps verbaux, des indicateurs spatio-temporels ou de l'utilisation des marques personnelles, des thématisations (mise en valeur d'un élément de l'énoncé) et des modalisations (par exemple adverbes atténuant un jugement) qui sont autant d'indices discursifs caractérisant le locuteur dans la situation d'énonciation.
Dans un récit ou un témoignage rapporté (que ce soit un monologue ou un dialogue) on pourra également s'intéresser à l'architecture de la narration, aux étapes du récit, aux éléments qui structurent et font progresser le récit et permettent son déroulement (par exemple à l'oral spontané les éléments les plus récurrents peuvent être : et, et donc, c'est vrai que, etc.).
Dans tous les cas s'intéresser davantage aux marques prosodiques, y compris tous les phénomènes d'élision, et aux variations de registres tout en tenant compte des caractéristiques du français oral qui ne peuvent être confondues avec les marques normatives de l'écrit.
Les repérages sur la forme sont aussi importants que le questionnement sur le fond car en langue étrangère la compréhension se fonde sur la conjonction des deux.
Elisabeth Guimbretière
Article publié le 19/12/2005
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