Les mots de l'actualité
Aujourd’hui s’ouvre à Casablanca un procès qui met en cause Nouredine Miftah et Maria Moukrim, directeur et journaliste à l’hebdomadaire Al Ayam… qui a publié il y a quelques mois un dossier sur le harem royal… sous trois rois… On peut donc se dire que ça appartient à l’histoire… Mais en fait, ça touche de suffisamment près la période contemporaine pour avoir ému la justice marocaine… chatouilleuse peut-être sur le sujet…
Sur quoi est-elle si chatouilleuse ? Sur le problème du harem…
Le mot vient de l’arabe. On entend d’ailleurs une prononciation, et on voit une orthographe qui n’évoquent pas vraiment un mot très français… Le mot a gardé l’accent de l’orient. Il arrive pourtant en France il y a plusieurs siècles… Début 16 ème semble-t-il… En Arabe il signifie au départ… ce qui est interdit et sacré… Mais bien vite, on l’a compris en France comme faisant référence à un interdit qui sépare les femmes et les hommes.
Et harem s’est donc mis à désigner l’appartement des femmes dans un palais, ou une maison de maître… Mais tout ça dans un contexte exotique…
Et comme on a imaginé, parfois à tort, parfois à raison, que ces contextes exotiques favorisaient la polygamie… le harem est devenu l’appartement des femmes d’un seul homme… en général d’un seul prince… Le mot a gardé aujourd’hui cette coloration.
Et il est utilisé assez couramment aujourd’hui de façon plaisante… et figurée… pour désigner toutes les femmes qui gravitent, ou froufroutent autour d’un homme à femmes. Alors le sens est plus ou moins figuré… parfois on peut l’utiliser si un homme se pavane avec sa femme et sa maîtresse… ou ses deux maîtresses… Parfois, on l’emploiera pour parler simplement de celles qui l’entourent, de toute un cour… sans préjuger de leurs relations réelles.
On a souvent tendance à confondre harem et sérail. Il est vrai que les deux mots avaient des sens qui n’étaient pas si éloignés… Mais au départ, le sérail était simplement le palais du sultan… Puis il a désigné toute l’atmosphère parfois délétère d’un palais : il s’y noue des intrigues, il s’y trame des complots… Des coteries secrètes se forment… Et encore maintenant, lorsqu’on dit de quelqu’un « il est du sérail… il a été élevé dans le sérail… » cela signifie qu’il est familier de mœurs du pouvoir, et surtout des coulisses du pouvoir… il connaît ce genre de musique ; il sait déchiffrer les codes… il n’a rien du naïf…
Et sérail a aussi été considéré comme désignant la partie particulière du palais réservée aux femmes … donc plus ou moins synonyme de harem…
Un troisième mot mérite d’être signalé : gynécée… . Là il s’agit, étymologiquement de la partie de la maison réservée aux femmes, dans l’antiquité grecque… Et le mot est également utilisé au sens figuré… Mais plutôt pour désigner une atmosphère uniquement féminine.. non pas l’appartement des femmes qui appartiennent à un homme, dans une logique de pouvoir étonnamment phallocratique… Mais l’appartement des femmes qui vivent entre elles… et semblent se passer d’homme.
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/Yvan
Amar
Article publié le 23/01/2006