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Les mots de l'actualité

SABOTAGE   23/11/2007

 

Etonnement, indignation, condamnation… Quelques réactions après qu’on a découvert les sabotages qui ont endommagés un certain nombre d’équipements de la SNCF.

Dégradations volontaires, actes de malveillance… plusieurs façons de nommer, de manière plus ou moins directe, ce qu’on appelle du sabotage. C’est-à-dire que des inconnus ont endommagé, cassé, rendu inutilisables des voies ferrées ou des systèmes de signalisation ou d’alimentation, pour empêcher la circulation des trains sur certaines lignes, et ainsi prolonger les perturbations des transports, forcer la main à la grève…

Bien sûr on ne sait pas qui sont les saboteurs, et ils peuvent être aussi bien des ultras du mouvement gréviste que des gens qui voudraient discréditer les grévistes…

Le mot « saboter » dans ce sens existe depuis plus d’un siècle, avec des sens figurés qu’on trouve depuis le début du XIXe : d’abord faire mal quelque chose, bâcler un travail, ne pas le soigner. Puis, on passe de l’idée de gâcher un travail qu’on fait, à celle de gâcher celui des autres, faire en sorte d’en faire échouer le résultat, de le « bousiller », comme on dit familièrement depuis longtemps. Et puis, surtout pendant la dernière guerre, le mot a pris un sens plus précis : il s’agissait, notamment dans le monde ferroviaire d’ailleurs, de rendre impraticables les communications pour gêner l’occupant allemand.

Donc, le mot n’a pas qu’une mémoire négative, il porte aussi des souvenirs héroïques, bien différents de ce qui se passe maintenant.

Mais son origine est compliquée et elle a beaucoup intrigué les spécialistes du langage. On sait tous ce que c’est qu’un sabot ! Eh bien, « saboter » et « sabotage » viennent directement de ce mot… Comment ce drôle de détour a-t-il pu s’effectuer ?

Le mot de départ se rattache peut-être à « crapaud », et en tout cas, il est associé à l’idée de laideur : un objet mal fait, mal fini, peu soigné, grossier. Et il est vrai que les pauvres crapauds ont presque toujours eu mauvaise réputation : l’animal, traditionnellement, est peu séduisant, alors que sa cousine plus petite, la grenouille, l’est bien plus ! Alors, l’objet sabot, depuis longtemps, désigne cette chaussure taillée tant bien que mal dans un bloc de bois. On sait d’autre part que les paysans ont souvent été considérés d’un peu haut par ceux qui vivent en ville, censés être plus raffinés. Le sabot est souvent le symbole de cette prétendue lourdeur.

On en tire quelques expressions : « avoir les deux pieds dans le même sabot », c’est-à-dire être un peu benêt (mais précisons que l’expression est couramment utilisée à la négative, comme un compliment : il n’a pas les deux pieds dans le même sabot). « Avoir du foin dans ses sabots » (et on dit plus couramment dans ses bottes), c’est avoir mis de l’argent de côté, être à l’aise (avec l’idée qu’on a économisé, sou à sou une richesse qui se voit peu… encore un façon de moquer les paysans). Et surtout : « vous, je vous vois venir, avec vos gros sabots », qui fait allusion à la lourdeur de celui qui voudrait être fin, qui veut amener subtilement une demande, mais qui se laisse tout de suite deviner…

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 23/11/2007