Les mots de l'actualité
Le président de la République s’est exprimé sur le choix d’une date pour commémorer l’abolition de l’esclavage. Ce mot d’abolition est intéressant, peu courant. Le mot bien sûr correspond au verbe abolir, qui veut dire supprimer; mais son sens est très fort… Et lorsqu’on l’emploie, ce qui est assez rare, c’est précisément pour accentuer un mouvement très fort.
On s’en rend compte par exemple si l’on compare les verbes abolir et abroger… deux mots qui sont au voisinage l’un de l’autre : trois syllabes, un « a » initial, un « o » comme deuxième voyelle. Et pourtant, l’écho suscité par ces deux racines est bien différent : Une abrogation est technique : il ne s’agit que de supprimer un texte.
Quand on abolit, on a l’impression qu’à la fois on supprime le texte et la chose. L’abolition de l’esclavage consiste à neutraliser les textes de loi qui permettent l’esclavage, à établir un nouveau texte qui met l’esclavage hors la loi (l’esclavage est d’ailleurs en France considéré comme crime contre l’humanité)… Mais l’emploi du mot va plus loin que ça. Comme s’il voulait balayer d’un revers de main les textes qui régentent la pratique et la pratique elle-même…Eradiquer tout cela, faire que ce ne soit plus jamais possible. Faire que ça n’ait jamais existé ? N’exagérons pas ! Il ne s’agit pas d’une amnésie, de quelque chose qu’on devrait rayer des mémoires – la commémoration qui est envisagé s’inscrit au contraire dans le cadre d’un « jour-souvenir » – mais tout de même, ce mot a quelque chose de radical. Il ne s’applique qu’aux pratiques qu’on trouve infamantes. Et il est même intéressant de voir à quels moments de l’histoire il a été le plus utilisé. Trois moments clés : L’abolition des privilèges, durant la grande révolution française, celle de l’esclavage dont on vient de parler, et l’abolition de la peine de mort.
Mais sur ce mot d’abolition, on a formé le nom abolitionniste, qui lui appartient à l’histoire, et qui a essentiellement désigné les partisans de l’abolition de l’esclavage. On l’a adapté de l’anglo-américain, et il nous vient de la grande bataille pour l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, dans l’écho de la guerre civile, celle qu’on appelle plus couramment en France, la guerre de Sécession.
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/Yvan
Amar
Article publié le 31/01/2006