Les mots de l'actualité
La société de construction automobile PSA, c’est à dire en fait Peugeot-Citroën, vient de présenter deux nouveaux modèles de voitures, dont l’originalité tient au type d’énergie qu’elles utilisent : ce sont les premiers modèles hybrides diesel-électricité. Techniquement c’est peut-être difficile à réaliser, mais sur le papier c’est simple à comprendre : il s’agit de voitures qui fonctionneront soit avec du gazole comme carburant, soit avec une propulsion électrique. Et comme la technique fait des progrès, il n s’agit même plus maintenant de choisir son énergie en fonction du jour, de la disponibilité, de l’humeur ou du type de parcours à faire, les deux énergies se combinent et se succèdent en fonction de ce qui est le plus économique et le plus adapté.
Voilà ce que c’est qu’une voiture hybride. Et bien sûr c’est ce mot qui nous intéresse… Un mot compliqué, savant jusque dans son orthographe, dont le « h » et le « y » initiaux sont un bon indice qu’on est en face d’un mot d’origine grecque. Et bien c'est une fausse piste, mais rassurez-vous d’autres s’y sont laissés prendre avant vous. Le mot en fait vient du latin mais comme sa prononciation pouvait faire croire à une origine grecque, on a fini par l’orthographier comme s’il venait de cette langue, en le rapprochant du mot grec ubris… l’excès. Pourquoi viendrait-il d’une racine évoquant l’excès ? Parce que l’excès, pour les Grecs anciens, évoque le pêché, le défaut par excellence. Et on a pu penser que ce qui était hybride, c’est à dire, qui avait une double nature, était forcément le résultat d’un excès , d’un péché, d’un écart par rapport à la nature…
En fait le mot ibrida en latin désigne simplement un animal né de parents de races différentes : le mulet par exemple, né de l’union d’un âne et d’une jument. D’ailleurs, un certain nombre de mots de la même famille évoquent des pratiques scientifiques de recherche : on parle d’hybridation quand on s’essaie à croiser des espèces différentes, des plantes, des animaux, et même des éléments chimiques.
Le sens le plus courant d’hybride évoque donc simplement une dualité, la ressemblance – ou l’héritage – d’un individu ou d’une choses avec deux autres…
Même s’il a un passé scientifique, le mot est d’une utilisation assez libre, et n’est pas trop lié à des objets particuliers : un antiquaire peut parler d’une table hybride, si par exemple, elle est faite de deux bois différents. Ou un éclair hybride, chez un pâtissier, peut être fait moitié café, moitié chocolat…Et si vous faites un montage de photo avec la cousine Gilberte à gauche à la tante Ursule à droite, le tout réuni pour faire un seul visage, la photo sera hybride… En tout cas c’est comme ça que vous pourrez la qualifier.
Alors des synonymes… ? Le mot métis a été porté par un terrible effet de mode ces derniers temps… On l’a accommodé à toutes les sauces, pour bien montrer que le métissage était considéré comme une redynamisation et non une dégénérescence… Mais les mots à la mode vieillissent vite, et ces derniers temps, il me semble que j’ai justement entendu ce mot d’hybride employé là où l’on aurait utilisé métis il y a un an… Comme un cliché de rechange…
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/Yvan
Amar
Article publié le 01/02/2006