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Les mots de l'actualité

APPÂT   02/03/2006

 

 L’appât est en prison, lit-on dans la presse, à propos de cette toute jeune femme qui attirait les victimes du gang des barbares. Et en effet elle servait d’appât. C’est à dire qu’elle attirait de jeunes victimes, qu’elle laissait ensuite aux mains de leurs tortionnaires.

Et c’est bien ça un appât : ce qui vous tente, excite le désir, sans qu’on soit sûr jamais qu’on pourra l’assouvir. Car l’objet du désir recule à mesure qu’on s’en approche. C’est bien ça : ce qui fait naître le désir, mais l’amène aussi à s’exprimer, à se découvrir, à s’exposer. Et c’est ce qu’escomptaient les membres de ce gang, qui justement appâtait ses victimes avec de jolies jeunes filles. Ce genre d’image est souvent proche du vocabulaire de la pêche : on lance un hameçon, pourvu d’un appât. Et au premier sens, le mot désigne un fragment d’aliment qu’on accroche à l’hameçon, quand on pèche. Le poisson mord à l’hameçon, comme on dit, voulant gober l’appât, et il est ferré, c’est à dire qu’il ne peut se défaire du crochet qu’il a avalé.

L’appât échappe-t-il toujours au désir qu’il a fait naître ? La plupart du temps oui. Et ce mot va bien avec toute une série d’images qui évoquent l’image sans réalité. Lorsqu’on vous appâte, c’est qu’on vous fait miroiter quelque chose… Faire miroiter, faire briller, jouer sur l’apparence, le reflet : tout ce qui évoque donc une fausse réalité.

On a donc facilement compris le mécanisme. L’appât est ce qui excite le désir ou la convoitise, que ce soit d’une façon amoureuse ou pas : on parle souvent de l’appât du gain. Mais le mot, dans ses utilisations évoque souvent un appétit qu’on trouve un peu louche, presque inavouable ; on utilise donc le mot de façon un peu moralisatrice, comme s’il était systématiquement mauvais de succomber aux tentations.

Le mot appât a eu, a parfois encore d’autres significations. Notamment, on l’a utilisé pour désigner ce qui attise le désir. Les attraits féminins par exemple.  Dans le vocabulaire précieux, les appâts d’une femme désignaient précisément sa poitrine, qu’elle montrait, ou ne montrait pas, ou montrait à moitié. On se souvient de Tartuffe, disant à Dorine « Cachez ce sein que je ne saurais voir. » C’est bien d ‘appâts qu’il s’agit là !

L’appât est donc censé mettre en appétit. Mais les deux mots n’ont aucun rapport d’origine, même si appâter et appétit se ressemblent un peu.

Et les appeaux alors ? On quitte le domaine de la pèche, mais pas de beaucoup, puisqu’on en entre dans celui de la chasse. Les appeaux sont des genres de sifflets dont les chasseurs, cachés, se servent pour attirer les oiseaux. En imitant leurs cris, en faisant croire qu’un de leurs semblables les appelle. Et on a trouvé là la clé de l’origine du mot. Appeau vient d’appel,  aussi hypocrite que soit celui-ci, et non pas d’appât.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 02/03/2006