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L'actu du FLE

Yvan Amar.
© RFI

Qui parle à la radio ?

La radio, une boîte qui parle ! Cette définition, même partielle, ouvre sur deux question importantes : Qui parle à la radio ? et, à la radio, à qui parle-t-on ? Une brève réflexion à partir de ces deux interrogations permet de dresser un tableau sommaire pour mieux comprendre les positions respectives de ceux dont on entend la voix radiophonique. En gros, deux attitudes principales sont possibles : soit la radio s'adresse directement et explicitement à l'auditeur, soit elle met en forme une parole - dialogue, interview, micro-trottoir, déclaration publique etc - dont l'auditeur est le témoin, mais dont il n'est pas le destinataire explicite : il entend des choses qui se sont dites, sans qu'on lui parle directement.

 

La radio parle aux auditeurs

Parmi les nombreuses voix qu'on entend à la radio, beaucoup s'adressent directement à l'auditeur : le journaliste qui présente le journal, enchaîne les titres ou les informations principales… Ou le producteur qui présente son émission, en explique le contenu et l'enjeu, en détaille le sommaire…

Il s'agit là d'une position linguistique particulière : non pas dialogue, mais discours à sens unique, monologue relativement court, éventuellement ponctué de virgules sonores ou musicales, et qui n'attend pas de réponse immédiate de la part de celui qui écoute. Cette situation bien sûr a une incidence sur la façon dont on s'exprime : pas ou peu de silences dans la chaîne parlée, pas de place prévue pour que s'exprime un interlocuteur, pas d'interrogations, sinon rhétoriques, qu'on laisse sans réponse ou bien auxquelles on répond soi-même…

Cette voix est projetée vers une multiplicité d'auditeurs ( et plus il y en a, plus on est content !), qui sont parfois évoqués dans leur pluralité ("Bonjour ! Bonjour à tous ! Vous pouvez nous écouter à Ouagadougou sur 91.3 Mhz, à Paris, sur 89…"). Mais elle s'adresse parfois à chacun individuellement, modulée de façon particulière selon le type d'émission et de public visé ("Toi-même, tu sais !" comme dit Claudy Siar, sur RFI…) Et tous ceux qu'on entend successivement représentent et incarnent la voix de la radio, chacun lui donnant tour à tour sa manière. Ainsi se crée l'identité multiple, changeante et diaprée d'une radio aux cent visages…


La radio fait parler des spécialistes qu'elle interroge

Celui qui tient l'antenne n'est pas le seul à délivrer de l'information : il convoque ceux qui savent, et les questionne. Le journaliste passe le témoin aux chroniqueurs et aux correspondants : il les " lance " et les interroge. Ou bien c'est à un spécialiste qu'on s'adresse, quelqu'un qui a mené une enquête, étudié un problème, écrit un livre. Ou encore on fait parler un témoin direct qui raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a vécu… La personne interrogée répond alors au journaliste, et un dialogue s'installe entre eux, dont l'auditeur, de l'autre côté du poste, est le témoin.

Le dispositif est donc monté à son intention sans que ce soit à lui qu'on parle : c'est un théâtre sonore dont il est le spectateur radiophonique. Mais parfois, cette mise en scène peut être délibérément court-circuitée pour créer un effet de sens particulier : une personnalité importante, un chef d'Etat par exemple, interrogé par un journaliste, peut l'ignorer dans sa réponse, et s'adresser directement aux auditeurs… c'est-à-dire à ses compatriotes et à ses électeurs !


La radio fait entendre le monde

Les sons et les voix qu'on diffuse peuvent être bien autre chose que des réponses à des questions posées : les gens de radio sont également habitués à "capter" les instantanés de la vie comme elle va : slogans d'une manifestation, comédiens au travail, vente aux enchères, ambiance d'un marché… Quant au journaliste qui présente tout cela, il peut le commenter en même temps qu'il le découvre. Du même coup, il range l'auditeur à ses côtés ; au lieu de s'adresser à lui, il l'associe à sa découverte, l'englobe dans son enthousiasme… et passe ainsi du " vous " au " nous " : " Nous assistons (ou "on assiste…") en ce moment à un match extraordinaire, à un moment historique… !" La radio se veut alors média transparent, qui s'efface devant ce qu'il propose. Et ses acteurs se transforment avec une (fausse) modestie toute professionnelle en auditeurs lambda.

La radio fait entendre ses auditeurs

Enfin, la radio peut, notamment grâce au téléphone faire parler ceux à qui elle parle, les interroger, les faire réagir… L'appareillage est alors inversé : chaque auditeur qui prend la parole témoigne de sa sensibilité propre en même temps qu'il représente la communauté toute entière de ceux qui écoutent, ordinairement anonymes et silencieux. C'est le cas par exemple de l'émission " Appels sur l'actualité " de Juan Gomez. Et c'est ainsi que le slogan de RFI, " la radio du monde " peut être interprété de façon objective et subjective : la radio qui explique le monde ; la radio où le monde s'exprime…

Yvan  Amar

Article publié le 13/04/2006