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Les mots de l'actualité
« Pourquoi elle est adroite ». C’est le titre qui orne la Une du quotidien Libération en date d’hier. De qui s’agit-il ? De Ségolène Royal, femme politique en vue, populaire en France si l’on en croit les sondages, susceptible de se présenter à l’élection présidentielle de l’année prochaine, qui n’est donc pas (encore) officiellement en campagne, mais qui soigne son image, et se fait mieux connaître.
Mon propos n’est pas trop de savoir en quoi Ségolène Royal est adroite, mais plutôt de découvrir ce qui fait que Libération est habile. Le titre est en effet bien choisi, parce que c’est un titre « jeu de mots » : « Pourquoi elle est adroite », « Pourquoi elle est à droite ». Et le journal souligne qu’elle se positionne de façon assez centrale sur l’échiquier politique, en affirmant son profil, mais en essayant d’élargir son cercle de soutiens, et en faisant parfois l’éloge de Tony Blair, socialiste britannique aux méthodes qu’on dit parfois libérales.
Mais dire de Ségolène Royal qu’elle est adroite, c’est aussi dire qu’elle sait y faire. C’est plutôt l’adjectif habile qu’on attendrait, mais on raterait le jeu de mots.
Les deux mots sont-ils proches ? Certainement oui. Si on parle d’habileté, on fait plus référence à une certaine stratégie, en tout cas un savoir-faire politique. L’habile homme en politique – ou l’habile femme – peut facilement être soupçonné(e) de jouer davantage en fonction de son intérêt, de sa carrière, des échéances électorales, des amitiés qu’il (elle) se ménage dans tel ou tel camp. L’habileté n’est pas si loin du calcul. Et l’on sait bien que le calcul, même s’il est inévitable en politique, est souvent mal perçu, compris comme une tactique d’alliances, de popularité, d’équilibres. Et les convictions là-dedans? Parfois on ne sait plus où elles sont.
Alors que l’adresse est un mot qui a une autre couleur : il suscite une admiration plus franche, avec moins de réserve. Notons d’abord que le nom qui correspond à l’adjectif adroit est bien adresse. Et que l’adresse, c’est souvent physique : on est adroit de ses mains, dit-on souvent. On sait façonner un objet, en réparer un autre. On est adroit quand on sait lancer la boule tout près du cochonnet, tirer le ballon dans la lucarne du but. On est donc adroit quand on sait où commence et où s’arrête son corps, qu’on maîtrise le rapport qu’il a avec le monde extérieur.
Mais le mot adresse est bizarre. Il semble ne pas correspondre exactement à adroit, et il est bien différent de droiture par exemple. En fait c’est presque un hasard de la langue : le mot existe par ailleurs, dérivant du verbe dresser, et il signifie d’abord route droite, bonne route pour arriver quelque part… . Et la contamination des mots droit et adroit l’a mis dans cette position étrange.Yvan Amar
Article publié le 20/04/2006
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