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Les mots de l'actualité
Situation dramatique au Népal : les affrontements menacent entre forces de l’ordre et population, et déjà les troupes gouvernementales ont tiré sur la foule il y a quelques jours. Ils ont tiré : tout le monde comprend de quoi il s’agit, et il n’y a pas besoin apparemment de donner des explications supplémentaires. Pourtant, l’emploi de ce mot renvoie à quelques énigmes linguistiques.
D’abord, on ne sait pas d’où vient le mot tirer : un mystère. Il remplace en ancien français le verbe traire qui dérive du latin trahere. Mais lui-même ne vient pas de cette même origine, et on ne sait pas quels sont ses ancêtres.
Très tôt pourtant, le verbe est utilisé dans un contexte belliqueux. Tirer l’épée – au départ, la sortir de son fourreau, la dégainer – signifie bien sûr se battre à l’épée. Et tirer les armes signifie s’entraîner à leur maniement.Une autre expression va se croiser avec celle-là : tirer à l’arc, dans laquelle le verbe tirer renvoie plutôt à l’action de tendre, donc de tirer la corde qui fera partir la flèche.
On a en tout cas une construction répétée avec la préposition « à », pour préciser de quelle arme on se sert : tirer à l’épée, à l’arc, et ensuite avec les armes à feu : au pistolet, à la carabine, au fusil. Avec parfois quelques exceptions : tirer le canon, ce qui souvent s’emploie quand précisément, on ne tire pas sur des ennemis. Il arrive qu’on tire le canon, comme on fait sonner le tocsin : pour faire du bruit, et donner un signal officiel. On tire vingt et une coups de canon à la naissance d’un enfant royal.
Mais bien sûr, le verbe tirer, tout seul, employé comme on dit de façon absolue, signifie qu’on décharge une arme à feu. Pourquoi ? Peut-être y a-t-il le souvenir qu’on tire sur la détente (mais on dit aussi appuyer sur la détente, et d’ailleurs on dit le plus souvent appuyer sur la gâchette, même si l’on sait que techniquement, le mot n’est pas approprié).
Et dans ce sens, on trouve le verbe tirer dans de multiples phrases : tirez sur le pianiste, on ne tire pas sur une ambulance, tirer à vue, tirer sans sommation.
Et pour préciser qu’on commence à tirer, pour désigner le moment où justement on passe de la phase où on ne tire pas à celle où l’on tire, on a des expressions spéciales : ouvrir le feu par exemple !
Yvan Amar
Article publié le 24/04/2006
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