|
|
|
Mots de l'actu |
|
L'actu du FLE
Le monde du français

L’intercompréhension a la chance de se faire nécessité dans un moment particulier de l’histoire de l’enseignement des langues : celui où, dans une approche communicative bien installée, s’impose le Cadre Européen de Référence pour les Langues. Le travail de fond mené pour élaborer ce dernier a permis de séparer très nettement les compétences de réception de celles de production, et de les valoriser en toute indépendance. Cela offre aux didacticiens la possibilité de définir précisément les compétences à acquérir et de créer efficacement des programmes d’enseignement.
Mais l’intercompréhension bénéficie par ailleurs de l’essor des nouvelles technologies, et fournit aussi une application pratique à tous les travaux de linguistique contrastive. C’est sans doute ce formidable terreau qui, allié à la diversité culturelle européenne, a permis la conception de nombreuses méthodes d’enseignement de l’intercompréhension déjà fonctionnelles. Chacune de ces méthodes exploite une direction originale : travail simultané sur plusieurs langues ou concentration sur certaines, stimulation des connaissances déjà acquises, stratégies de compréhension, dispositifs de décryptage de plus en plus précis,… . On ne peut douter que ce qui naîtra prochainement de la réunion de toutes ces idées sera non seulement à la hauteur du rêve européen, mais aussi une dynamique qui se répercutera sur l’enseignement « traditionnel » des langues.
Il semble que la famille de langues la plus enthousiaste aujourd’hui soit celle des langues romanes : de nombreux programmes incluent ainsi le français, l’espagnol, le portugais, l’italien, mais parfois aussi le roumain et le catalan. Mais les langues germaniques et slaves font elles aussi l’objet de recherches et de développements approfondis, et dans des temps proches, un trilingue pourrait parcourir presque toute l’Europe - mais aussi les deux Amériques et l’Afrique - sans s’inquiéter de problèmes de communication.
Hormis cet avantage immédiat, l’intercompréhension possède la vertu de faire découvrir les richesses de sa propre langue, tout en élargissant remarquablement son champ de vision culturel. Et l’investissement de l’apprentissage de certaines langues minoritaires, qui semblait trop lourd, s’en trouverait considérablement allégé, permettant de diminuer la préjudiciable concurrence entre les langues. Cela s’inscrit non seulement dans la politique linguistique européenne, mais aussi dans les engagements de la Francophonie, qui considère que l’ennemi n’est pas l’anglais, mais l’unilinguisme. C’est aussi le combat de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLF-LF), qui représente l’engagement de la France dans le soutien à la diversité linguistique et au français en particulier.
L’intercompréhension dépasse donc son application immédiate pour devenir le symbole et l’outil d’une vision de l’Europe pérenne et respectueuse des minorités. On connaît le lien très fort existant entre les langues et les cultures, et l’intercompréhension, par une sensibilisation profonde et intelligente à la langue de l’autre, se profile comme le vecteur idéal.Cyrille Peeters
Article publié le 27/04/2006