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L'actu du FLE
En toutes lettres


Pas très lisible ? C’est normal ! Malgré leur discrétion, les espaces, les points, les virgules, sont indispensables à la compréhension d’un texte.
On peut aisément imaginer les difficultés éprouvées au Moyen Âge devant des textes qui se tenaient en un seul bloc, sans espace entre les mots ni aucune ponctuation. Le lecteur devait alors ajouter au texte ses propres signes pour le déchiffrer. C’est ce que nous racontent Olivier Houdart, correcteur au Monde.fr, et Sylvie Prioul, secrétaire de rédaction au Nouvel Observateur, dans La Ponctuation ou l’art d’accommoder les textes.
Cet ouvrage est une mine pour tous ceux qui se posent des questions sur l’emploi de la ponctuation en français. Facétieux et ludique, il ravira les amateurs de style car chaque chapitre est illustré d’extraits de romans ou d’articles extrêmement bien choisis. Il permet aussi, grâce aux synthèses de fin de chapitre, de trouver rapidement l’information.
C’est à travers le blog dont il est co-auteur, Langue sauce piquante, qu’Olivier Houdart a compris l’utilité d’un tel ouvrage. Dans ce forum pour passionnés de la langue française, il a été surpris par le nombre de questions et d’appels à l’aide concernant la ponctuation. « C’est un sujet qui intéresse beaucoup de gens, explique-t-il, mais peu de livres lui sont consacrés. Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un certain vide dans ce domaine. Nous avons voulu écrire un ouvrage attrayant et d’accès facile. »
Les correcteurs s’interrogent parfois longuement pour saisir le sens d’une phrase et vont, plus rarement, jusqu’à consulter l’auteur.
En tête des signes fauteurs de trouble, on trouve la virgule. Mal placée, elle peut changer le sens de la phrase et créer la confusion. Exemple classique relevé dans la presse : « Le président Bush est venu avec sa femme Laura. » Un simple oubli de virgule après « femme » et cette pauvre Laura n’est plus qu’une des femmes du président parmi d’autres ! Trop présente, la virgule hache le texte et le transforme en véritable course de haies ; absente, elle crée une sensation de vide.
Il en va de même pour les autres signes : il ne faut pas en abuser sous peine de nuire au style et à la compréhension. Les points de suspension, si chers à Céline, permettent d’exprimer mille nuances, de ménager un effet d’attente, de laisser le sens ouvert, et même d’éviter de préciser sa pensée… mais son usage excessif peut alourdir le texte. Trop de guillemets et on ne s’y retrouve plus. Il est vrai que la ponctuation n’est pas une science exacte.
Comme le rappellent les auteurs : « Nous savons très bien qu’un même texte peut être ponctué différemment d’une semaine sur l’autre selon l’humeur. Nous ne défendons pas une norme. Nous proposons simplement un guide avec des règles et diverses solutions possibles. »
Les signes de ponctuation causent bien des soucis, et pourtant ils ne sont plus qu’une petite dizaine depuis le XVIII e siècle.
Fini la feuille de vigne en fin de chapitre, fini le point d’interrogation rhétorique. Le nombre de signes de ponctuation s’est-il aujourd’hui définitivement stabilisé ? « Au XXe siècle, certains auteurs ont tenté d’introduire de nouveaux signes traduisant diverses émotions, raconte Sylvie Prioul.
Des publicitaires américains ont créé l’interrobang (
) en 1962, un signe cumulant les fonctions de point d’exclamation et d’interrogation. En France par exemple, en 1966 dans Plumons l’oiseau, Hervé Bazin a créé le point d’ironie (
), le point d’acclamation (
) et le point d’amour (
)! Mais il s’agissait de jeux et rien de nouveau n’a été adopté. »
Pour leur part, Olivier Houdart et Sylvie Prioul proposent le point de dépit mêlé de tristesse (
) ! Plus sérieusement, ils appellent surtout à la conservation du point-virgule ; souvent mal compris, il est aussi délaissé par la presse qui privilégie les phrases courtes pour dynamiser le style. Heureusement, il existe un Comité de défense et d’illustration du point-virgule ! La ponctuation suscite bien des passions !
Fin de chapitre !
- La Ponctuation ou l’art d’accommoder les textes, Olivier Houdart et Sylvie Prioul, édition du Seuil.
- Langue sauce piquante : http://www.correcteurs.blog.lemonde.fr/- Comité de défense et d’illustration du point-virgule : http://www.pointvirgule.canalblog.com/
Edna Castello
Article publié le 06/06/2006