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Les mots de l'actualité

AMNISTIE   01/06/2006

 

L’amnistie dont Guy Drut, ancien sportif, et ancien ministre, vient de bénéficier, n’est pas du goût de tout le monde, et fait sourciller jusque dans la majorité qui soutient le président de la République. Mais qu’est-ce qui va donc se cacher derrière un mot si savant ?

L’amnistie consiste à effacer une condamnation. Obligatoirement donc, on suspend la peine. Mais ce n’est pas tout : tout le processus judiciaire est annulé. Et il est même plus qu’annulé : il est censé tomber dans l’oubli.

C’est donc un procédé bien particulier qu’on appelle amnistie : on ne dit pas que les faits n’ont pas existé. On ne dit pas que la personne qu’on amnistie n’est pas coupable, on continue de reconnaître la faute et la culpabilité… Mais on efface, on gomme toute inscription de ce qui s’est passé. Comme si simplement on le rendait invisible. Et tout ça, en général, en fonction d’un intérêt supérieur, pour repartir à zéro, faire table rase des conflits.

C’est le cas bien souvent pour les amnisties collectives, qui concernent par exemple une période historique donnée, une situation conflictuelle particulière. Pourtant on a connu des amnisties collectives qui ne faisaient pas suite à une période particulièrement troublée. Notamment en début de mandat présidentiel, et pour les contraventions… Mais ces amnisties-là n’ont plus très bonne presse.

Mais celle-ci est une amnistie individuelle qu’autorise d’ailleurs une disposition législative assez récente, qui prévoit que pourront bénéficier d’une amnistie les personnes qui auront notamment rendu service à la nation dans le domaine sportif.

Et ce tour de passe-passe est contenu dans le mot même. En effet, amnistie, ce mot savant, est formé sur une racine grecque. La racine mnémos évoque le souvenir. « a -» est ce qu’on appelle un préfixe privatif, un moyen linguistique d’inverser le sens d’un mot, de le rendre négatif.

L’amnistie consiste donc à imposer un oubli officiel et juridique. Le condamné ne l’est plus, son casier judiciaire redevient vierge (s’il ne porte pas d’autre condamnation que celle concernée par l’amnistie). Et de plus interdiction formelle est faite de rappeler la condamnation qui l’a frappé. On doit l’oublier, et ne pas y faire allusion !

On comprend bien donc que le mot amnistie est de la même famille que le mot amnésie. Un peu comme une amnésie judiciaire, donc.

Alors attention : l’amnistie n’est pas la grâce. D’abord parce que la grâce ne touche que la peine : tout le passé judiciaire subsiste. Ensuite parce que la grâce peut atténuer la peine sans la supprimer. La peine capitale, par exemple, pouvait être commuée en une peine différente, de détention. Ou alors la grâce simplement écourte les peines, ce qui se voit couramment pour célébrer la fête nationale du 14-Juillet.
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 01/06/2006