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Les mots de l'actualité
Comme tous les ans, on regarde passer les balles de Roland Garros, le grand tournoi de tennis, en même temps qu’on regarde s’éclaircir les rangs des prétendants au titre.
Contrairement aux systèmes de championnat, où chacun joue jusqu’au bout, même si les jeux peuvent être faits avant les derniers matchs, les systèmes de coupe ou de tournoi garantissent un effet de suspense bien plus intense.
Un système qui s’exprime par des fractions de finale, comme si cette épreuve ultime était morcelable en parts égales, comme un gâteau ou un camembert : trente-deuxièmes, seizièmes, huitièmes de finale, etc. Un système qui, à chaque tour, permet de compter ceux qui restent dans la course, ceux qui, dit-on, restent « en lice ». C’est l’expression consacrée qu’on entend très communément, sans qu’on en comprenne toujours le sens d’origine.
Le mot est très vieux, et d’ailleurs, on le considère souvent comme un mot du Moyen-Âge, même si on l’emploie assez communément aujourd’hui : il sent son médiéval, il évoque des traditions anciennes, auxquelles on compare la vie et les pratiques d’aujourd’hui.
Voyons tout de suite le premier sens du mot. Il désigne d’abord un espace clos : celui dans lequel ont lieu les tournois, ces combats singuliers qui opposaient des chevaliers. Ensuite, le sens du mot s’est étendu jusqu’à désigner l’espace circulaire, l’anneau sur lequel se déroule des courses de chevaux. Et plus tard il a simplement désigné la clôture qui bordait cet espace.
Aujourd’hui le mot ne s’emploie que dans des expressions figées, et imagées : « rester en lice » comme on vient de le dire, et souvent également « entrer en lice » ou « descendre en lice ».
« Rester en lice » veut dire simplement qu’on n’est pas encore éliminé, donc qu’on a le droit de revenir dans cet espace réservé à la compétition, qu’on n’en a pas été exclu. Car c’est une image de la dure loi des tournois. Quand on perd, on vous dit : « Ouste ! Dehors ! » On vous sort symboliquement de l’espace consacré au match. On dit bien en tennis, dans le jargon sportif, qu’un joueur en « sort » un autre lorsqu’il l’élimine ! Ca appartient exactement à la même image.
L’expression « entrer en lice » a un sens différent, et pas totalement inverse même si le système d’image est le même. On l’emploie quand quelqu’un, soudain, se décide à participer à un combat. Et l’expression insiste toujours sur le fait qu’à un moment donné, une décision a été prise ! Ca y est, on a franchi le pas, on a décidé qu’on y allait !
Le champion donc descend dans l’arène, va affronter les autres, quitte le monde ordinaire pour entrer dans cet espace régi par d’autres règles, où l’on s’expose, où l’on prend des risques, et d’où on risque de ne pas sortir tel qu’on était entré. Est-ce un risque de mort ? Ca l’était certainement à l’époque. Mais ce qui compte c’est qu’on passe d’une loi à une autre.
Yvan Amar
Article publié le 07/06/2006
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