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Les mots de l'actualité

MILICE   08/06/2006

 

« Où sont passés les barrages des miliciens ? » se demande aujourd’hui le journal le Monde, en ouverture de l’article consacré à la situation en Somalie. Peut-être ne sont-ils pas bien loin, ces miliciens dont on a beaucoup parlé ces derniers jours. Et peut-être sont-ils retournés à leur vie quotidienne, en attendant de reprendre du service si l’occasion se présente.

On l’a compris, un milicien est celui qui appartient à une milice. Il ne reste plus qu’à comprendre ce qu’est une milice !

Le mot dérive du latin miles, qui signifie soldat. Et c’est à partir de cette racine que se construit le mot militaire. On comprend bien donc qu’une milice est une organisation militaire. Mais l’organisation militaire par excellence, c’est l’armée. Et justement une milice n’est pas une armée, parce ce que ce qu’on appelle une armée est un ensemble de soldats recrutés, encadré par un Etat en général, ou en tout cas qui revendique un statut officiel. Alors qu’une milice justement est une sorte d’armée officieuse.

Mais en fait le mot armée ne convient pas vraiment, parce qu’une milice est presque toujours de peu d’importance par rapport à une armée. Disons que c’est une troupe, même si parfois la troupe est assez nombreuse. Et pour bien montrer que cette troupe n’est pas apparentée à l’armée officielle, on dit souvent qu’il s’agit d’une organisation paramilitaire, c’est-à-dire, en fait, à côté du militaire proprement dit. Mais qui s’inspire de l’esprit, de l’organisation militaire. Qui mime le militaire parfois : uniformes, insignes, grades… un peu comme si on jouait à la guerre, sauf que dans les milices, on tire souvent à balles réelles.

Et le mot est très souvent péjoratif dans le langage d’aujourd’hui.

Pourtant l’un des premiers emplois du terme, au tout début du XVIIe siècle, faisait référence à la milice céleste : dans un langage religieux, il s’agissait de l’armée des anges, mais les milices ne sont pas toujours restées angéliques. Le mot a désigné des troupes annexes, qui avaient pour mission de seconder l’armée royale française lorsqu’elle manquait d’hommes.

Le XXe siècle arrive avec son cortège d’horreurs. Et pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment de l’Occupation, on appelle milice une organisation française créée pour seconder les Allemands avec plus de zèle encore que ne le faisaient les autorités et la police nationale. C’était au début de 1943, et cette milice s’inspirait de celle que Mussolini avait créée en 1922.

A cause de cette réputation, probablement, on a utilisé ce mot pour désigner des groupes plus ou moins musclés organisés pour contrer l’action syndicale et ouvrière. Et on a parlé de milice patronale. Mais ce ne sont que les opposants à ces milices qui employaient ce mot. Et il faut dire, pour être exact, qu’on a aussi parlé de milices populaires. Et que cette expression n’était même pas toujours péjorative !

En revanche, lorsqu’on parle des miliciens de Mogadiscio, on désigne plutôt des combattants d’occasion, qui s’enrôlent sous une bannière… et peuvent même changer de camp, si on les paye : le mot n’est plus très loin du sens de mercenaire : le soldat qui se bat quand on lui donne de l’argent !
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 08/06/2006