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L'Oulipo

Paul Fournel au travail
© Martine F.

La contrainte oulipienne

L’Oulipo n’a pas convaincu à l’unanimité. La règle d’or de ce groupe, l’écriture sous contrainte, fut perçue par certains comme une usurpation de la création littéraire, tuant ainsi l’authenticité, la sincérité et la créativité propre aux écrivains.

Pour le groupe oulipien, la contrainte est à la source de toutes les productions. Les règles se combinent, se déclinent et proposent ainsi un parcours au sein du langage en se jouant du son, des sens et des règles habituelles de la grammaire.

L’Oulipo regroupant des auteurs de toutes les nationalités, la contrainte permet aussi de passer outre les contraintes d’une langue particulière et élargit son champ de production aux langages.

 

Règles et jeux

En conclusion de Bâtons, chiffres et lettres, Queneau pose ainsi ce qui pourrait bien être une des bases de l’esprit oulipien :

« Puisqu’ il n’ y a aucun espoir de ressusciter le latin, ce merveilleux exercice qui faisait le pont entre la dissertation française et le problème de géométrie, peut-être cette fonction pourrait-elle être remplie par les travaux oulipiens de littérature potentielle ».

L’Oulipo était-il une sorte de société secrète celant au lecteur le principe de sa création littéraire ?

Italo Calvino, écrivant sous contrainte, ne voulait pas dévoiler ses machines à écriture, mais il donna à un ami, sous le sceau du secret, le manuscrit où il expliquait « comment il avait écrit l’un de ses livres ». En effet, Si par une nuit d’hiver un voyageur est écrit selon la contrainte du carré de Greimas.

Aimant à se cacher et à ruser, les oulipiens jouent sans cesse : dans la contrainte dite « Canada dry », on ne trouve que la couleur et l’odeur de la contrainte mais en fait il n’y en a aucune : ainsi des fausses contrepèteries de Caradec.

« Prenez un mot, prenez-en deux. Faites cuire comme des œufs, prenez un petit bout de sens, puis un grand morceau d’innocence, faites chauffer à petit feu au petit feu de la technique, versez la sauce énigmatique, saupoudrez de quelques étoiles, poivrez et puis mettez les voiles. Où voulez-vous donc en venir ? A écrire vraiment ? à écrire ?»


De la trace à la découverte

Il peut être intéressant de connaître ou de découvrir la contrainte comme faisant partie de la lecture. C’est ce que l’on appelle le principe de Roubaud : un texte écrit selon une contrainte parle de cette contrainte.

Les oulipiens inventent mais aussi « restaurent » la contrainte. En 1963, Claude Berge fait ressurgir une contrainte enfouie dans les écrits mathématiques gréco-latins : le bi-carré d’ordre 10. Il sera utilisé par Roubaud et surtout par Perec pour écrire Le voyage d’hiver.

Cette œuvre de Georges Perec est reprise par Jacques Roubaud avec Le voyage d’hier puis par d’autres. Hervé le Tellier écrit Le voyage d’Hitler, Jacques Bens Le voyage d’Arvers et Ian Monk Le voyage d’Hoover. Tous proposent un exemple de plagiat par anticipation : le héros, Hugo Vernier, grand écrivain, aurait été copié par les poètes symbolistes et entre autres Baudelaire et Verlaine.

Trois variations autour du voyage d'hiver de Georges Perec
© Ed. Le Passeur & La Bibliothèque Oulipienne.

Adaptation Anne-Claire Bulliard,
d'après des textes de Geneviève Baraona.

Article publié le 09/06/2006