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Les mots de l'actualité
Jospin se retire de sa retraite politique. C’est ainsi que, dans un titre des pages intérieures, le quotidien Libération rend compte de la réapparition de Lionel Jospin sur la scène politique française.
Avec un jeu de mots, une pirouette souriante pour souligner que Jospin était peut-être en train de revenir sur l’attitude qui a été la sienne depuis quatre ans : il se retire de sa retraite.
Cela correspond un peu au mot blagueur de ceux qui se remettent à fumer après avoir arrêté, et qui déclarent : « J’ai renoncé à mon renoncement ! ». C’est presque un système de double négation : on dit non une première fois, non à la vie politique pour la personnalité qui nous occupe. Puis, on peut modifier son comportement, revenir sur cette interdiction qu’on s’est faite : on dit non… à son non !
Mais dans le cas qui nous intéresse, l’image est encore un peu différente : il s’agit de retraite. Mot à mot, il s’agit de se retirer. On quitte la scène avec plus ou moins l’idée qu’on la quitte à reculons, on fait marche arrière, on fait en arrière le chemin qu’on avait fait en avant. Et bien sûr, il y a un paradoxe à dire qu’on se retire de sa retraite.
Ordinairement on fait retraite d’une scène animée, bruyante, peuplée, publique. Et on laisse la place aux autres, ou à autre chose, pour se retrouver dans le calme, la solitude, le silence de la vie privée. Bien entendu, l’image la plus attendue serait de dire qu’on sort de sa retraite pour revenir à la vie publique : on en sort, on la quitte.
Car précisément, ce mot de « retraite » a toute une histoire. Le mot a évidemment de nombreux sens : la retraite après une vie de travail, c’est-à-dire le droit de toucher une pension proportionnelle à ses gains antérieurs, mais sans travailler. Le sens militaire : on pense aux armées en déroute ou en difficultés tout au moins, qui reculent et cèdent du terrain.
Mais ce mot a aussi un sens bien différent : une retraite est un retrait du monde, au sens classique du mot monde. C’est-à-dire un retrait de la société, de la vie mondaine, et de tout ce que cette vie peut avoir d’étourdissant, de divertissant. On est donc peut-être moins dans l’apparence et on a l’occasion de se retrouver soi-même.
Un sens ancien du mot est simplement celui de repos et de solitude. Mais dans un environnement plus religieux, le mot a renvoyé à cette période de retour sur soi et de prières qui précède un événement important, ou qui simplement fait l’épreuve de la ferveur et de la foi.
Au XVIIe siècle, on utilisait le mot « désert » dans un sens assez proche : se retirer au désert n’était pas faire une retraite d’anachorète dans les sables, ou sur une colonne comme les ermites des débuts du christianisme… encore que cette image était peut-être présente à l’esprit des gens qui employaient ce mot. Mais il s’agissait simplement de s’éloigner de la cour ou de la ville. C’est-à-dire de la bonne société soumise aux caprices de la mode.
On trouve cela chez Molière par exemple : le Misanthrope, Alceste, qui ne supporte plus l’hypocrisie de ceux qui l’entourent (et surtout de celle qu’il aime), s’en va « au désert ». C’est-à-dire dans la vallée de Chevreuse, à quelques lieues de Paris. Mais il faut dire que cette vallée De Chevreuse abritait Port-Royal-des-Champs, où justement ces Messieurs de Port-Royal comme on les appelait, allaient faire retraite.
Enfin si l’on aime plus encore les mots rares et anciens, on parlera de « thébaïde », un lieu isolé et sauvage, où on peut mener une vie solitaire et paisible.Yvan Amar
Article publié le 30/06/2006
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