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Les mots de l'actualité

OMBRE   18/07/2006

 

« L’ombre de l’Iran… » C’est le titre d’un article paru aujourd’hui dans le journal le Monde, qui est ainsi présenté : « Il est difficile d’imaginer que le République islamique, qui soutient le Hamas palestinien et qui ne cache pas ses relations étroites avec le Hezbollah libanais, n’ait pas accordé un feu vert au moins tacite à ce dernier. »

Derrière le théâtre des opérations tragiques qui secouent le Liban et Israël, le journal le Monde décèle donc une ombre. Et l’introduction de l’article est tout à fait éclairante : l’Iran n’est pas explicitement présente dans le conflit ; elle ne fait pas partie des forces en présence. Mais on peut deviner (c’est en tout cas l’analyse du quotidien) qu’elle est là indirectement. Cette image de l’ombre s’interprète donc comme celle d’une présence cachée.

Cet usage de l’expression a donc des effets de sens bien précis. D’abord elle est toujours évoquée par celui qui voit ce que d’autres ne voient pas, ce qui est destiné à rester invisible ; si l’on dit par exemple : je vois dans ce crime l’ombre de la Maffia, c’est qu’on devine l’action de la Maffia alors même qu’elle n’est pas évidente pour tous. Ensuite on pointe de la part de cette puissance cachée son désir de rester cachée. Mais on précise le fait que son action est tout à fait préméditée, calculée : son ombre n’est pas là par hasard. Et le fait même que cette influence soit occulte, invisible, en rajoute sur l’idée qu’elle est mûrement réfléchie, qu’elle est la conséquence de tout un plan, de toute une stratégie. En parlant d’ombre, on met donc l’accent sur une manipulation d’une puissance qui travaille à distance, tire les ficelles, organise de loin, ou au mieux, donne sa bénédiction, encourage, laisse faire. Et cette puissance prend soin de rester, comme on dit, dans l’ombre… On voit que là deux images se croisent : l’ombre, c’est à dire non pas la chose même mais le signe qu’elle n’est pas loin, sa silhouette fantomatique. Et parfois, on dit même l’ombre plane… comme si elle était au-dessus… L’ombre de Haydn plane sur les premières sonates de Beethoven… Et puis, deuxième image, « dans l’ombre » c’est à dire dans l’obscurité, complice justement de l’invisibilité. Et agir dans l’ombre, c’est agir en secret et en silence.

Le mot ombre a par ailleurs d’autres emplois figurés. C’est un nom bien sûr, mais qui a parfois un sens presque adverbial : il donne simplement l’idée d’une toute petite quantité ; c’est l’équivalent de l’expression « à peine ». L’ombre d’un doute par exemple, une formule qui a donné matière au titre d’un film (traduit de l’anglais, il faut le préciser). C’est à dire… à peine comme si l’on avait un doute. C’est si ténu qu’on n’est même pas sûr que ça existe, et pourtant c’est là. Ou bien ça évoque quelque chose d’extrêmement fugitif : l’ombre d’un sourire… à peine un sourire... on ne jurerait pas l’avoir vu… et pourtant, une fraction de seconde, il était là.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 18/07/2006