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Les mots de l'actualité

CHAUD   31/07/2006

 

Tout le monde, en Europe occidentale se plaint de la chaleur… Tout le monde ou presque, n’exagérons rien. Mais c’est qu’on aime bien se plaindre, et que toutes les occasions sont bonnes. S’il faisait quinze degrés de moins, on aurait pas fini d’entendre maudire cet été pourri ! Mais il est curieux de remarquer que la chaleur qui parfois nous abat et nous rend immobiles, est souvent associée à l’ardeur… ce mot d’ailleurs évoque par son origine, le feu : ardre, c’est brûler, en ancien français… Ardeur, intensité, danger, et même mouvement … telles sont les idées que la langue associe le plus souvent au chaud.

Le chaud c’est souvent, on le sait, l’excitation sexuelle. Et depuis longtemps : l’image du chaud lapin ne date pas d’hier. Mais elle est redynamisée facilement. Ainsi l’expression « chaud bouillant », un peu vulgaire certes, mais très à la mode depuis peu d’années reprend-elle une formule fort ancienne. Avec un sens d’ailleurs un peu différent, puisque « tout chaud tout bouillant » faisait partie des cris des marchands, et signifiait sur le champ, immédiatement : « Vous l’emmenez tout chaud tout bouillant ! »

Le chaud est lié à une idée d’immédiateté et donc d’urgence. A chaud signifie en pleine crise. La locution s’emploie dans des circonstances bien différentes : opérer à chaud, c’est opérer alors qu’une crise vient de se déclarer. Ce qui est toujours plus dangereux que d’opérer à froid, c’est à dire quand la nécessité est là, mais que le mal n’en est pas à son pic d’intensité. On voit que cette notion d’urgence peut être voisine de celle de danger. Là encore, on retrouve ce mercure élevé, comme si le risque faisait monter la température de celui qui le court : et si l’on échappe, de justesse, au danger, on dira, « on a eu chaud ! » C’est à dire, on a eu peur, on a senti l’aile du danger nous frôler. Ce « on a eu chaud » est d’ailleurs presque l’équivalent de l’interjection « ouf ! ». Elle montre à la fois à quel point le danger était menaçant, et à quel point on est soulagé. Soulagement à proportion du risque bien sûr !

Maintenant, le chaud, on le considère juste, parfois, comme l’extrémité d’un axe, dont l’autre est le froid bien sûr. Le chaud et le froid sont donc des extrêmes. Au milieu desquels la moyenne s’ennuie à mourir. L’indifférence étant donc ce triste juste milieu où l’on ne sent rien, où l’on éprouve rien… Et même, on se sert de cette image pour exprimer une indifférence un peu agressive. Ca ne me fait ni chaud ni froid… c’est à dire je m’en moque éperdument – et je suis poli !

Enfin souffler le chaud et le froid est une expression qui indique qu’on est tour à tour amical, gentil, positif, attentionné… et glacial, méprisant, hautain, silencieux… On alterne entre ces deux attitudes à la surprise et à l’émoi de celui qui subit ces comportements contradictoires.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 31/07/2006