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Les mots de l'actualité

ASILE   06/10/2005

 

Lucio Guttierrez, ancien chef d’Etat équatorien, destitué en avril dernier, vient d’obtenir l’asile politique en Colombie. C’est-à-dire que se sentant trop en insécurité dans son pays, menacé par le nouveau pouvoir, il a été contraint de s’exiler.

On lui offre donc une hospitalité officielle en Colombie, même si cette hospitalité est accordée du bout des lèvres par un pouvoir colombien qui risque de mécontenter l’actuel gouvernement de l’Etat d’Equateur.

On vient de voir un bon exemple d’asile politique. Mais n’oublions pas que cet asile peut être accordé à des anonymes, des gens ordinaires, que leurs opinions, leurs actions politiques ont mis en danger, à moins que ce ne soit parfois une simple appartenance ethnique ou religieuse. Le droit d’asile est donc une sorte de droit de refuge.

Le mot vient du grec, par l’intermédiaire du latin. « A-sulon » signifie : qu’on ne peut saisir, dont on ne peut s’emparer, qu’on ne peut aliéner, d’une certaine façon… Un endroit donc où l’on ne peut être… aliéné.

En grec, le mot désignait un lieu sacré, où s’exerçaient les lois d’une hospitalité à la fois culturelle et diplomatique. Les ambassadeurs, les athlètes appartenant à une certaine cité ne pouvaient être touchés s’ils étaient dans une autre, du fait de leurs fonctions… même si la guerre se déclarait par exemple entre les deux villes.

Ce caractère sacré demeure dans l’imaginaire français, dans une certaine vision du Moyen-Âge qu’on peut avoir. On se souvient de la célèbre scène de Notre-Dame-de-Paris dans les Misérables de Victor Hugo, où Quasimodo enlève Esméralda, poursuivie par les gardes, pour l’emmener dans l’enceinte de la cathédrale. Et il crie de victoire « Asile ! Asile ! ».

Le mot, dont le sens s’affaiblit, prendra la signification de retraite tranquille, havre de paix.

C’est au XIXe siècle que le mot va s’appliquer à certaines institutions, où l’on recueille des infirmes, des personnes très âgées (on disait des vieillards… oserait-on le dire encore aujourd’hui ? On a peur de les offenser…), mais aussi des orphelins, ou même au début du XXe siècle, des garderies d’enfants, les premières crèches…

Mais ce sont surtout les asiles de fous qu’on connaît, lieux où l’on soignait fort peu, mais où l’on mettait, à l’écart du monde et de la ville, ceux qui ne s’y adaptaient pas.

C’est dans un premier souci d’euphémisme qu’on a parlé d’asile d’aliénés… expression paradoxale, puisqu’on le disait tout à l’heure, elle va pratiquement à l’encontre de l’étymologie du mot.

Aujourd’hui, les mots et les choses ont changé. On parle d’hôpital psychiatrique, et heureusement, cette dernière expression n’est pas synonyme d’asile de fous. Mais l’expression « asile de fous » est restée ancrée dans la langue, souvent ironiquement : « Il est bon pour l’asile » signifiant « il est complètement timbré ».

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 06/10/2005