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Les mots de l'actualité

SACRIFICE   04/10/2006

 

Ca y est, Jack Lang s’est sacrifié. En tout cas, il a renoncé à briguer l’investiture du Parti socialiste pour se présenter à l’élection présidentielle. Il semblait penser en effet qu’un trop grand nombre de candidats à la candidature pouvait être nuisible à l’image du PS et même à l’ambiance qui règne dans cette organisation : il ne faut pas ajouter la division à la division par la multiplication des candidatures ! Une phrase en tout cas étonnamment arithmétique : la multiplication divise.

Et Jack Lang s’est donc retiré dans « un esprit de sacrifice ». Ce qui semble indiquer qu’il ne l’a pas fait de gaieté de cœur, mais qu’il s’est senti contraint de prendre cette décision.

Esprit de sacrifice… L’expression n’est pas si fréquente dans le langage politique. Et elle pose le problème de ce qu’est un sacrifice.

Au sens propre, il s’agit d’un rituel qui consiste à donner à la divinité ce qui nous est cher, comme un don gratuit. D’autant plus que la divinité en question n’en a pas forcément besoin, en tout cas, pas de la même façon que l’humain qui lui fait ce sacrifice. On se prive donc de quelque chose qui a de la valeur, à quoi on accorde de la valeur, pour le donner aux dieux.

Souvent ce sacrifice prenait la forme d’un don d’animal : on tue une génisse, un poulet, un veau, un bœuf même, donc on abandonne une richesse parfois considérable, pour plaire au dieu et s’attirer sa bienveillance.

Mais aujourd’hui, le mot est très employé dans un sens figuré, pour exprimer simplement qu’on renonce à quelque chose, parce qu’on croit que ce renoncement profitera à quelqu’un d’autre.

Souvent on a donc l’idée que le sacrifice consiste à se passer d’un avantage, ou d’un plaisir pour l’intérêt ou le plaisir d’autrui. Et souvent d’ailleurs, on utilise la forme pronominale dans ce cas : se sacrifier… Elle s’est sacrifiée pour son bel Armand. Elle lui a donné, comme on dit, les « meilleures années de sa vie ». Et lui n’a jamais voulu quitter sa femme pour vivre avec elle. Il s’est sacrifié pour ses enfants… se privant de vacances pour payer leurs études, se privant de sortir pour leur faire réciter leurs leçons.

Souvent d’ailleurs on souligne ces sacrifices pour faire ressortir l’ingratitude de ceux pour qui ils ont été faits : elle lui a sacrifié ses plus belles années… et quand elle a eu quarante ans, il est parti avec une jeunette de vingt-cinq.

On voit bien que le verbe peut s’employer avec un complément : il lui a sacrifié sa passion pour le football ; il a raccroché ses crampons pour passer avec elle tous ses dimanches matins… et pourtant, elle l’accable de reproches.

L’origine du mot est latine, et fait clairement référence à la pratique religieuse : sacrifier, c’est mot à mot faire du sacré, sacrum facere. Et dans l’ancienne langue française, le mot signifiait à peu près consacrer, ou simplement accomplir un geste sacré : on parlait de sacrifier la messe.

On l’utilise encore dans des tournures tout à fait spéciales, même si certaines sont parfois un peu désuètes… « Sacrifier à Vénus », c’est simplement faire l’amour. « Sacrifier à la mode », ou même aux préjugés, c’est se conformer à la mode, ou aux préjugés, bien qu’on y soit en apparence indifférent.
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 04/10/2006