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Les mots de l'actualité

VRP   27/10/2006

 

On a appris que le quatrième jour de la visite de Jacques Chirac en Chine s’était soldé par une réussite commerciale française : la commande par Pékin de cent cinquante Airbus supplémentaires est probablement le plus spectaculaire des treize accords économiques qui ont été signés, et le VRP Chirac peut être content !

VRP ? C’est ainsi que plaisamment la presse l’avait qualifié, au vu des objectifs de vente explicites de son voyage. Mais, si traiter le président de la République de VRP peut faire sourire, encore faut-il savoir ce que c’est.

Ce sigle, quand on le décline, fait entendre les mots voyageur, représentant, placier… V, R, P, donc !

Et on voit tout de suite que ces mots sont assez désuets, pour désigner des employés qui se déplacent pour vendre les produits de leur entreprise, de la maison qui les emploie.

Ils datent d’une époque où les voyages étaient moins faciles et moins rapides qu’aujourd’hui. Mais aussi d’une époque où les communications étaient moins fluides : le courrier était lent, le téléphone inexistant où rare et très cher, ne parlons pas du fax ou d’Internet…

Alors pour vendre, on prenait sa voiture, ou le train, ou la diligence dans des temps plus reculés, ou même ses jambes, et on allait voir les détaillants, les petits magasins de province pour leur vendre ce qu’on pouvait. Le métier se développe au XIXème siècle, plus encore au XXème, et les voyages forment le commerce.

On parle donc des « voyageurs de commerce », et même parfois des « voyageurs » tout court. Un mot qu’on ne comprend même plus dans ce sens aujourd’hui, mais qui a été très utilisé! Pourtant souvent, on précisait, et par exemple, on parlait de « commis-voyageurs ».

L’expression minore un peu la fonction, on sent bien qu’un simple commis n’a pas en général un emploi très important (encore qu’on puisse parler des grands commis de l’Etat). Et la littérature l’a même adoubé, puisqu’on le trouve dans le titre, ou du moins la traduction d’un titre d’une célèbre pièce de théâtre : Mort d’un commis-voyageur, d’Arthur Miller.

Et voilà pour le V de VRP.

Le R est mis pour « représentant », et on a très souvent parlé de « représentant de commerce ». Le thème du déplacement quitte le devant de la scène, et en effet, un représentant de commerce peut le représenter près de chez lui, dans sa ville si elle est assez importante… Mais le nom qu’on lui donne est clair : il représente, il a carte blanche pour faire des affaires au nom de sa maison.

Le « placier » que nous propose l’initiale P est plus obscur encore. Le nom est presque oublié. Il s’agissait, non pas de ceux qui allaient « placer » des produits, mais de ceux qui travaillaient dans les « places ». C’est ainsi qu’on appelait les villes où se traitaient les affaires, où l’on trouvait des correspondants des banques et des marchands.

Et d’ailleurs on parle encore aujourd’hui des « places boursières », les grandes bourses que sont par exemple Paris, Frankfort, Londres, New York.

Ces VRP, en général modestes employés, n’avaient pas toujours une image très prestigieuse : on se les représente vivant hors de leur famille la plupart du temps, dormant au gré des tournées dans des hôtels de hasard.

C’est comme ça qu’il faut comprendre les expressions « plaisanterie de commis-voyageurs », ou « humour de représentants de commerce » : calembours un peu grivois d’hommes seuls…

Et aujourd’hui, ces métiers auraient-ils disparu ? Dans leur forme ancienne, certainement, mais la fonction elle-même existe toujours, et a même beaucoup gagné en importance. Mais foin des VRP : on parle des commerciaux et ça en impose nettement plus.
 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 27/10/2006