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Dossiers pour la classe

Déclaration universelle des droits de l'homme


Un cours de français avec la Déclaration universelle des droits de l’homme

Associant les ressources possibles de la radio et des suggestions d’activités pour la classe, Radio France internationale, le ministère français des Affaires étrangères et le CAVILAM ont uni leurs efforts pour produire un CD éducatif sur la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Une initiative originale et passionnante.

 

« Le 10 décembre 1948, le monde, fatigué de guerres et de sang, pétri de rêves, d’espoirs et d’idéaux, donnait naissance à un texte fondamental : la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mieux connaître cet écrit, c’est le devoir de chacune et de chacun d’entre nous… Il était une fois un texte. »

Ainsi commence le CD que viennent de publier en commun Radio France Internationale (service langue française), le ministère français des Affaires étrangères (Direction de la coopération culturelle et du français) et le CAVILAM (Centre d’Approches Vivantes des Langues et des Médias) de Vichy.

 

Motiver à l’apprentissage du français

Les personnes qui souhaitent apprendre le français ont longtemps invoqué des motivations liées à la culture française ; elles citaient des philosophes et auteurs du XVIIIème ou XIXème siècles ou des écrivains comme Jean-Paul Sartre ou Simone de Beauvoir.

Elles s’appuyaient sur la vie en France, synonyme du savoir vivre, du bien vivre ; la France, pays aux 365 fromages, pays des grands vins et de la cuisine raffinée.

Ces motivations survivent aujourd’hui, mais il en est une qui s’est imposée peu à peu comme fondamentale et contemporaine : le français comme langue des valeurs et des droits de l’homme.

Il nous a semblé qu’on parlait souvent et beaucoup des droits de l’homme, mais que l’ensemble du texte était méconnu et réservait bien des surprises. L’actualité internationale est par ailleurs riche en événements quotidiens qui viennent mettre tragiquement en avant, ici ou là, les violations de ces droits.

Ainsi est née, à l’initiative de France Anthonioz, au ministère français des Affaires étrangères, l’idée de créer un CD éducatif accompagné d’un livret pédagogique sur la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le projet devait à la fois mieux faire connaître le texte original, l’illustrer par un document radio et faire réfléchir à des valeurs fondamentales de la société en langue française à travers un cours de français.

La présentation devait donner des informations historiques sur la création du texte, l’éclairer par des explications précises et illustrer sa portée contemporaine par des exemples et des témoignages. Il était également important de ne mettre en cause aucun pays en particulier afin d’insister sur le caractère universel du texte.

Enfin, le livret pédagogique devait contenir des propositions concrètes d’activités pour la classe de français, basées à la fois sur des documents sonores et le texte original de la Déclaration.

Le projet a immédiatement suscité l’enthousiasme dans les deux équipes de Radio France Internationale et du CAVILAM.

Un texte fondamental et fondateur

Dans le livret pédagogique accompagnant le CD, Michel Lummaux, directeur de la coopération culturelle et du français au ministère des Affaires étrangères, souligne l’importance du texte : «  La Déclaration adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, réunie à Paris, le 10 décembre 1948, constitue un jalon dans l’histoire de l’humanité. C’est la première fois que les droits de l’homme sont invoqués non plus à la seule échelle des États mais à celle de tous les hommes et de toutes les femmes du monde. Et c’est au juriste français René Cassin que l’on doit la qualité « universelle » de cette Déclaration. 

Intervenue après la seconde guerre mondiale, à une époque où l’on espérait un « plus jamais ça » s’agissant du racisme, de l’antisémitisme et de toutes formes de barbarie exercées contre des individus ou des peuples, elle a posé, en fait, les valeurs communes de l’humanité. »

La Déclaration a été rédigée dans un contexte historique bien précis et elle est certainement imparfaite. Mais elle constitue un des rares textes fondateurs des relations interhumaines, entre Etats et citoyens, qui ne soit pas d’origine religieuse. Elle a inspiré elle-même un grand nombre d’autres textes parmi lesquels la Convention sur les droits de l’enfant signée par 190 Etats en 1989.

Le texte comporte trente articles dont certains sont d’une actualité brûlante, même dans les pays les plus développés, que ce soit dans le domaine des libertés fondamentales (Article 9 : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé »), du droit social (Article 23 : « 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage » ou Article 25 : « 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux, ainsi que pour les services sociaux nécessaires… »), ou encore dans le domaine des libertés individuelles et familiales (Article 16 : « 2. Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux. »).

Un CD comme à la radio

La différence essentielle entre une émission de radio et un CD réside dans l’opposition de deux logiques : une émission de radio est par définition éphémère (l’émission disparaît aussitôt écoutée) alors qu’un CD est créé pour durer, pour être réécouté.

Comme dans une émission de radio, le réalisateur et le journaliste proposent de faire vivre le texte et l’ancrent dans l’actualité. Ils invitent l’auditeur à une « visite sonore » du texte, rythmée par la musique, les sons d’événements historiques, et les voix des témoins de toute nationalité, avec le langage imparfait du récit spontané ; même si quelques mots sont incompréhensibles, l’émotion du moment, la force du vécu l’emportent et font sens.

L’équipe de RFI animée par Lidwien Van Dixhoorn (Service langue française), Ziad Maalouf, Stéphane Ronxin et Raphaël Cousseau, a relevé le défi de produire un CD éducatif.

Ce CD de 65 minutes comprend des lectures en français de quelques articles de la Déclaration par des hommes et femmes avec des accents différents français et étrangers. Il propose des informations factuelles sur la création du texte par un de ses rédacteurs essentiels, le juriste français René Cassin et par un de ses inspirateurs, Stéphane Hessel, diplomate. Par ailleurs, Danièle Lochak, professeur de droit à l’Université Paris X-Nanterre, éclaire brillamment le texte par des explications de nombreux mots-clés.

Conçu comme une émission de radio, le CD contient aussi des témoignages actuels, des citations de personnalités, des archives sonores de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) et de la sonothèque de RFI, des chansons (Noir et blanc de Bernard Lavilliers, interprété par Souad Massi et Ismaël Lo, Né quelque part de Maxime Le Forestier ou encore C’est un leurre de Dominique Comont), sans oublier les « habillages » musicaux destinés à mettre en valeur les paroles des uns et des autres et la voix de la présentatrice, Barbara Braun.

Il est extrêmement émouvant d’entendre la voix de René Cassin déclarer au début du CD : « On y croyait, on se disait qu’on avait gagné la guerre mais qu’il fallait gagner la paix », ou d’écouter l’intervention de Simone Veil, femme politique et ancienne déportée, à l’occasion du 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz : « Venus de tous les continents, croyants et non croyants, nous appartenons tous à la même planète, nous appartenons tous à la communauté des hommes. »

L’abolition de la peine de mort en France en 1981 est évoquée dans le CD par la voix de Robert Badinter, alors ministre français de la Justice, s’adressant aux députés : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue… Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. » Emouvante aussi, une autre grande voix de la liberté se fait entendre, celle de Nelson Mandela lors de sa prestation de serment de président de la République sud-africaine.

Le CD aborde également les critiques évoquées sur le texte des droits de l’homme et l’usage politique qu’en font certains Etats.

Enfin, des témoins anonymes illustrent les articles incontournables, témoignages saisissants et bouleversants. Aucun pays n’est cité. Aucun pays au monde ne respecte dans leur totalité les 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Un cours de français avec les droits de l’homme

Outre l’introduction de Michel Lummaux et un sommaire pour s’orienter dans le CD, le livret pédagogique de 16 pages rédigé par l’équipe du CAVILAM (Evelyne Pâquier, Eliane Grandet et Michel Boiron) contient le texte intégral de la Déclaration universelle des droits de l’homme et un ensemble de suggestions pédagogiques.

Le public visé est avant tout celui des apprenants de français général, mais les tâches sont bien évidemment adaptées à des publics spécialisés dans le domaine juridique ou à des étudiants en histoire. L’ensemble serait aussi pertinent dans une classe de français langue maternelle ou langue seconde pour aborder le texte de la Déclaration d’une façon à la fois novatrice et sérieuse.

Le livret offre une panoplie très riche d’activités déclinées en rubriques : « écouter », « les mots », « écrire », « créativité », « débat », « rechercher » et « et vous ? ».

Ainsi, l’on retrouve les activités habituelles d’une classe de français : écouter un document sonore et identifier son contenu, expliquer des mots et réfléchir sur leur sens, exprimer son opinion, échanger des idées à l’oral et à l’écrit, créer des textes, des affiches, rechercher des informations complémentaires sur Internet. Par ailleurs, dans la rubrique « et vous ? » les apprenants sont incités à réfléchir sur leur vécu personnel et sur la réalité de leur pays.

Ce qui change fondamentalement, c’est le document de base qui associe étroitement un cours de langue à une éducation citoyenne.

Aucun niveau de connaissance linguistique n’est indiqué. Certains articles de la Déclaration sont faciles d’accès (Article 3 : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. »), d’autres sont plus complexes, plus techniques. C’est la définition des tâches qui permet de moduler sensiblement le niveau de difficulté des exercices sur le même thème. Exemple d’activités sur la définition du mot « liberté » :

1. Continuez la phrase : « Pour moi, la liberté, c’est… »

2. Donnez une définition de la liberté.

3. D’après vous, que signifie le mot « liberté » aujourd’hui ?

4. Comment a évolué le concept de liberté depuis 1789 ?

La dernière tâche proposée demande un travail de recherche et un niveau linguistique bien plus important que la première tâche. Ainsi, les enseignants pourront eux-mêmes adapter certaines activités suggérées au niveau de leurs classes.

Alors, pari tenu ? Faire réfléchir « en français » sur les valeurs fondamentales de nos sociétés, sans faire de moralisme, sans dénoncer, sans mettre en cause, sans donner de leçon, sans arrogance ? Réunir une démarche pédagogique ludique et sérieuse à la fois et un contenu profond ? Associer les talents de professionnels de la radio et de la pédagogie pour rendre vivante la Déclaration universelle des droits de l’homme et montrer son actualité ?

Oui, pari tenu.


Michel Boiron
Article publié dans la revue Le français dans le monde N° 342, nov.-déc. 2005
mboiron@cavilam.com 

CD et livret « La Déclaration universelle des droits de l’homme » disponibles gratuitement dans la limite des stocks disponibles pour les professeurs auprès du CAVILAM :  
                            1 avenue des Célestins
                           BP 2678 Vichy cedex
                           France
                           mpmontagnont@cavilam.com
ou sur le site :      http://www.leplaisirdapprendre.com/

Pour les postes culturels, s’adresser à : martine.aricci@diplomatie.gouv.fr

Article publié le 30/10/2006