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L'actu du FLE
Entrevue avec...

Pour la première fois, un congrès paneuropéen réunit les associations de professeurs de français de l’Europe occidentale et de l’Europe centrale et orientale : 900 participants venus de 52 pays se réuniront du 2 au 5 novembre à Vienne autour de la problématique de l’enseignement du français en Europe. Raymond Gevaert est à l’origine de ce Congrès. Professeur de français dans les Flandres belges, il est le Président de la Commission de l’Europe occidentale de la Fédération internationale des professeurs de français. A ce titre, il anime un groupement d’associations dans 22 pays s’étalant du nord de la Norvège jusqu’au sud d’Israël et de l’Ouest de l’Irlande jusqu’à la frontière polonaise.
L’enseignement du français en France, comme en Belgique francophone ou en Suisse se trouve confronté à des problèmes qui sont dûs au caractère hétérogène de la population scolaire.
Sur le plan culturel et de l'intégration politique, le français n'est pas langue maternelle mais langue d'enseignement pour nombre d'élèves, ce qui pose pas mal de questions quant aux méthodes, aux approches et au vécu de ce français.
La problématique de l’enseignement du français langue étrangère est liée aux orientations de l'enseignement des langues étrangères en général :
En 2002, la Déclaration de Barcelone stipulait qu'on aura besoin de maîtriser des langues étrangères pour pouvoir voyager et fonctionner dans une Europe élargie.
Donc, il a été décidé que dans chacun des 15 Etats de l’UE, à l'issu du secondaire, les élèves devraient avoir appris au minimum deux langues étrangères en plus de leur langue maternelle.
Pour les professeurs de langues étrangères cela signifiait une impulsion nouvelle pour l'enseignement des langues.
Or, en Autriche, en Belgique, au Royaume Uni, en Italie, aux Pays Bas, en Allemagne ou en Grèce, on a interprété cette déclaration au pied de la lettre : l’enseignement de deux langues étrangères et pas plus.
Cette déclaration s’est donc traduite par une diminution du nombre d'heures par semaine pour l’enseignement des langues étrangères ou bien d'une diminution du nombre de langues étrangères enseignées.
Par exemple, en région autonome de Catalogne les autorités ont interprété la Déclaration en partant de la langue nationale qui est le catalan : la première langue étrangère enseignée était donc l'espagnol et la seconde l'anglais. Il a fallu là un réveil et un engagement de l'association des professeurs de français, des autorités françaises, des entreprises francophones et des parents d'élèves pour dénoncer l’atteinte portée à un héritage culturel fondamental de la Catalogne à savoir la connaissance, la maîtrise et l'usage de la langue du voisin.Les autorités sont finalement revenus sur leurs décisions et ont autorisé l'enseignement-apprentissage d'une troisième langue étrangère.
Une langue a une fonction économique mais elle a aussi une autre dimension : la langue est un moyen de communication mais elle est plus que cela.
Par exemple, dans les milieux d'affaires, les communications peuvent se dérouler au niveau technique pour une discussion financière ou la transaction économique. Pour ces discussions, on utilisera souvent le «espéranglais »…
Mais le véritable rapprochement entre partenaires commence quand on fait preuve d’une connaissance non seulement de la langue mais du bagage culturel, de la civilisation de l'autre langue. Si on se limite à des contacts superficiels, on consolide les clichés, les à priori, les images traditionnelles que l'on se fait de l'autre.
Le français est une des langues qui va permettre de communiquer au-delà de la transaction purement technique et commercial dans les affaires.
Dans la plupart des cas c'est de proposer une découverte du monde francophone et du monde français à partir de documents authentiques. Dans la majorité des cas les professeurs ont compris qu'il n'est pas possible d'enseigner une langue sans faire rentrer le monde de cette langue dans la réalité de la classe.
Le livre et le manuel restent quand même des instruments importants mais les médias comme la radio, la télévision, mais aussi les DVD ou Internet permettent, selon le niveau de formation, d'âge et de progression des élèves, une mise à disposition du monde francophone.
Depuis une petite dizaine d'années, les TICE (les techniques de l'information et de communication pour l'enseignement) ont réellement explosé, elles abattent les murs de la classe et font rentrer le monde dans la classe, même si chez certains profs il y a encore des hésitations ou des maladresses au niveau technique.
Il y a d’abord la dimension politique. Dans l'élaboration de la majorité des programmes de politique linguistique, il arrive beaucoup trop souvent que les associations d’enseignants ne soient pas consultées. Or nous réalisons ces politiques linguistiques sur le terrain.
Notre expertise, notre savoir faire et notre savoir du terrain devra donc être pris en compte dans la discussion. La question "quelles politiques linguistiques pour le français dans l'Europe élargie" sera donc traitée par des spécialistes mais aussi par les gens du terrain et les associations.
Le deuxième axe du congrès c'est celui du pluriculturalisme et du plurilinguisme : l'enseignement bilingue et l'apprentissage de plusieurs langues étrangères en même temps.
Et enfin, le troisième axe, le plus important, est celui de la didactique avec toute une série d’ateliers sur les nouvelles technologies qui posent des problèmes dans la façon d'apprendre des élèves. Travailler sur les TICE c'est travailler sur les stratégies d'apprentissage et sur l'utilisation de la mémoire.
Pour les professeurs cette politique confirme leur rôle émancipateur dans la formation des élèves. Permettre de découvrir deux ou trois langues étrangères, c'est enrichir l’élève.
Deuxièmement, les professeurs voient que l'idée européenne naît justement du plurilinguisme. L’Europe n'est pas limitée uniquement à des institutions bureaucratiques ou des enjeux diplomatiques, mais l’Europe vit, c'est une famille qui bouge et ce qui fait son identité c'est qu'elle a toujours été pluriculturelle et plurilinguiste.
Article publié le 31/10/2006