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Les mots de l'actualité

BANQUISE   15/12/2006

 

La presse du jour fait état d’une inquiétude largement partagée : celle du réchauffement de la planète. Et d’après les hypothèses d’une équipe de géologues et climatologues, le processus serait plus grave qu’on ne le soupçonnait, et plus rapide : plus de banquise peut-être en 2040 !

Pendant qu’on en a encore un peu, on peut bien sûr faire le point sur ce que c’est, et sur ce curieux mot de « banquise ».

Qu’est-ce que c’est d’abord ? Un immense amas de glace flottant. Comme un glaçon géant donc… on peut dire ça comme ça, mais cette masse de glace, d’un seul tenant, est impressionnante par sa taille, à tel point qu’on a parfois la tentation de la confondre avec le continent arctique ou antarctique. C’est pourtant différent : il ne s’agit pas d’une terre fixe recouverte de glace, mais d’un volume de glace en soi.

Un regard sur le mot maintenant. Spontanément, on est amené à penser qu’il s’agit d’un banc de glace, et qu’en tout cas le mot pourrait venir de là : on a bien une banquette, pourquoi n’aurait-on pas une banquise ! Et comme ce mot de « banc » signifie parfois, dans un vocabulaire maritime, écueil ou récif, tout est en place pour qu’on accueille ce nouveau dérivé. Hélas, il n’en est rien et l’origine du mot est tout autre.

En fait on devrait plutôt dire « panquise », puisque le mot provient de mots scandinaves qui eux-mêmes sont nés d’une vieille langue du nord de l’Europe : le norrois. Et en norrois, un « pakki » semble être un paquet de glace, un bloc de glace. Le début du mot pourrait être de la même famille que le mot « paquet ». Et la fin, « -is » est de la famille de « ice », qui signifie glace dans de nombreuses langues du nord de l’Europe.

Alors bien sûr, c’est la présence de « banc », en français qui a fait qu’on a confondu. Le mot a joué un rôle d’aimant, a fait subir une attraction à celui qui venait du froid, et a transformé le son « p » en un « b ».

Mais ces glaces flottantes, on sait bien qu’elles ont plus d’un nom. Et quand il s’agit d’un bloc imposant, certes, mais moins important que la banquise, on parle d’un « iceberg ». Autre différence : l’iceberg peut dériver alors que la banquise, a priori, se déplace peu.

Comment prononcer ? On a encore le choix. La plupart du temps, on anglicise la prononciation : « aïceberg ». Ce qui d’ailleurs n’occasionne guère de difficultés par rapport à la phonétique du français. Pourtant, il arrive qu’on entende le mot prononcé tout à fait à la française, ce qui ne choque pas non plus.

Un dernier mot que mérite l’iceberg, on le trouve dans une expression aujourd’hui figée, qu’on utilise sans la questionner : on dit qu’un iceberg est émergé au septième ou au huitième de son volume. Autrement dit, il y en aurait sept ou huit fois plus sous l’eau – et donc invisible – que la masse, pourtant très imposante, qu’on peut voir au dessus du niveau de l’océan.

On dit donc parfois d’une affaire, en général louche, et assez mystérieuse : « Et encore, ce n’est que la partie immergée de l’iceberg ! » Ce qui signifie que ce qui nous surprend ou nous indigne n’est rien, à côté de ce qui reste caché et qu’on ignore encore.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 15/12/2006