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Les mots de l'actualité

AVEU et DÉSAVEU   08/12/2006

 

« L’aveu » ! Le titre est énorme, en noir, à la une de Libération d’hier. Et cet aveu est celui qui transparaît dans le rapport de James Baker. Interprété crûment par ce journal, il se résume au fait que la guerre américaine en Irak est un échec.

Le Monde en date d’aujourd’hui exprime sensiblement la même opinion, bien qu’il utilise un mot qui est l’inverse de l’aveu : « Le rapport Baker désavoue la stratégie de M. Bush » titre ce journal en page 4.

Entre aveu et désaveu des choses identiques se disent, donc. Quel est le sens de chacun de ces deux mots ? Bizarrement, ils ne sont pas exactement l’inverse l’un de l’autre…

Un aveu est bien sûr une chose qu’on reconnaît, et même qu’on confesse. Et en général, il s’agit de quelque chose dont on n’est pas spécialement fier : on avoue une faute, une erreur, une bêtise… ou pire, un délit, un crime ! Et on reconnaît, on dit publiquement qu’on en est responsable.

Mais on utilise ce verbe uniquement dans un deuxième temps : on avoue ce que d’abord on a voulu cacher. Et on avoue quand quelque chose vous a dissuadé de cacher ce que vous ne vouliez pas dire. Ou bien c’est le remords, la prise de conscience qui font avouer la faute.

Ou bien… c’est qu’on ne peut plus faire autrement : on est confondu, on est placé en face de ses mensonges, de ses contradictions, ou en face d’une preuve de sa culpabilité… et on finit par avouer, manger le morceau, croquer le marmot, comme on dit étrangement en argot. Car on ne manque pas d’expressions argotiques pour dire la même chose, surtout dans l’argot du milieu, des bandits.

D’ailleurs le verbe « avouer » appartient souvent au vocabulaire juridique, et même à celui de la justice criminelle : le juge essaie de faire avouer celui qui a peut-être commis des actes répréhensibles !

Dans ce cadre, l’opposé du verbe « avouer » est souvent le verbe « nier », c’est-à-dire ne pas reconnaître avoir fait telle ou telle chose, alors même qu’on soupçonne que vous les avez faites, alors même que vous êtes accusé. Vous niez, c’est-à-dire, vous dites « non ». C’est une réponse à une accusation. Avouer, c’est faire la réponse inverse, et dire « oui ».

Mais on le voit, l’inverse d’avouer n’est pas « désavouer ». Ce dernier verbe a un tout autre sens ! « Désavouer » signifie non pas « nier », mais plutôt « renier », désapprouver l’attitude de quelqu’un. Avec l’idée qu’on ne le soutient pas, qu’on s’en désolidarise.

Le mot s’emploie en général lorsque quelqu’un est attaqué, et qu’on pense que vous auriez pu être de son côté. Si vous le désavouez, c’est que vous refusez de le soutenir. Ainsi, on désavoue plus facilement ceux qui sont de votre camp que les autres : pour les autres… c’est évident, donc pas besoin de le dire !

Ce sens du mot « désavouer » s’explique très bien par le premier sens du mot « avouer », le sens qu’il avait au Moyen-Âge et qui s’est totalement perdu aujourd’hui.

Avouer quelqu’un, en droit féodal, signifiait reconnaître quelqu’un pour seigneur, accepter d’être son vassal, d’être sous ses ordres, de combattre à ses côtés, mais en même temps être sous sa protection. Puis le sens du mot a évolué et il a voulu dire également approuver, reconnaître pour vrai. Ce qui explique que le contraire puisse signifier désapprouver, se retirer du camp de quelqu’un.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 08/12/2006