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Les mots de l'actualité
Les vœux du président de la république française sont allés à tous les citoyens (c’est la loi du genre), mais tout spécialement aux mal logés. Et même les pas logés du tout, si on peut dire, ceux qui ne peuvent compter sur un logement décent et permanent.
Beaucoup ont donc conclu que Jacques Chirac voulait donner une priorité à l’aide aux SDF.
Commençons par là. Le sigle est bien connu, hélas. Il signifie « sans domicile fixe », et on le rencontre depuis un peu plus de vingt ans : c’était l’époque où l’on se mettait à parler de « nouveaux pauvres », et où l’on commençait à chercher des euphémismes, des mots qui ne blessent pas, pour désigner les réalités blessantes.
SDF peut donc être au départ considéré comme un mot qui évite clochard, ou même clodo, qui représente au départ le même mot, mais avec une forme plus populaire.
Mais il faut se souvenir que cette époque était celle d’une mutation, et que le mot SDF désignait souvent des « oubliés de la croissance », des gens qui, après avoir été intégrés à la société, s’étaient retrouvés décrochés sans l’avoir imaginé, ni anticipé. Ce mot de SDF est donc assez général. Il ne concerne pas une génération particulière (jeunes ou vieux sont concernés), ni une région particulière.
Mais le mot de « domicile » qu’il recouvre n’est en général pas fréquent dans tout ce qu’on raconte autour des SDF. On parle du droit au logement, pas du droit au domicile.
Et c’est tout à fait logique, car les deux mots n’ont pas vraiment le même sens ni la même utilisation.
« Domicile » vient du latin domus qui signifie d’abord maison. Et le domicile, c’est vraiment l'endroit où l’on habite, qui vous appartient. Attention à cet usage du mot « appartenir » : cela ne veut pas dire bien sûr que pour avoir un domicile, il faut en être propriétaire. Mais quand on parle de domicile, on entend qu’on vous reconnaît le droit d’habiter là ; et ce droit vous appartient : vous pouvez être locataire, hébergé, habiter en famille, en partageant les lieux.
Mais on est d’accord sur le fait que vous résider à cet endroit de façon permanente, que même si vous le quittez pour quelques jours, il reste votre domicile, et que donc vous pourrez le réintégrer sans formalité. D’ailleurs, on dit bien qu’on est domicilié quelque part, c’est-à-dire qu’on a un port d’attache d’une certaine façon, car cette domiciliation est officielle : c’est là qu’on vous envoie du courrier administratif, etc.
Ce mot de « domicile » ne se comprend donc que dans la relation de l’habitant à l’habitation. La preuve ?
On dit que l’Etat ou les collectivités sociales construisent des logements sociaux, ou des logements luxueux… Des immeubles destinés à ce qu’on y habite, même s’ils restent vides. Mais on ne dira pas que l’Etat construit des domiciles. Un logement peut être libre, vide, vacant. Un domicile ne peut être vacant ou libre. On ne parle de domicile que quand justement on l’habite.
Quant au « logement », il peut être plus précaire, et parer au plus pressé ; ou simplement rendre compte d’une situation provisoire. Je suis domicilié dans la région parisienne, mais pendant mes vacances, j’étais logé chez un cousin qui m’a accueilli quelques jours… Ca n’avait rien d’un domicile, mais j’étais bien accueilli, et je n’étais pas à la rue.
Yvan Amar
Article publié le 03/01/2007
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