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Les mots de l'actualité

NICKEL   16/01/2007

 

Les mines de nickel de Nouvelle Calédonie exploitées par les indépendantistes, en association avec des groupes asiatiques… voilà qui fait un beau titre du journal le Monde du week-end dernier, et nous amène à interroger cet étrange mot de « nickel ».

On sait bien ce qu’il veut dire ; c’est le nom d’un métal, qu’on utilise pur parfois, ou plus souvent, allié à d’autres (nichrome, platinite, maillechort, etc.)

Un métal relativement récent, quant à son usage et sa nomination : le mot date de la fin du XVIIIe, avec une histoire très particulière. On sent bien, en regardant la séquence « ck » nichée en plein cœur du mot, qu’il n’est pas vraiment d’origine française.

Il vient du suédois, qui lui-même l’empruntait à l’allemand. En tout cas l’origine est germanique, et il est passé par l’argot des mineurs qui travaillaient à extraire ce minerai. Comme il n’était pas si éloigné que ça du cuivre… on lui avait donné un nom proche de celui de cet autre métal.

Mais on sait aussi qu’il s’invente beaucoup de légendes sur les entrailles de la terre, ce qui s’y cache, les forces mystérieuses qui y dorment. Et on a associé le nickel à un lutin. En pays germaniques, les lutins (et Dieu sait qu’il y en a, dans les légendes tout au moins) ont plus d’un nom. Et en particulier, on les appelle parfois Nicolas, petit Nicolas… Nicklaus, quoi.

Et ce métal bizarre, on l’a surnommé « le lutin du cuivre », Kupfernickel, qui a fini par s’abréger en nickel… Un métal qui a un prénom, ce n’est pas si fréquent… mais celui-ci a toujours intrigué.

Au XIXe siècle, on parlait de ceux qui avaient « les pieds nickelés »… une expression totalement oubliée aujourd’hui.

Souvenons-nous d’abord que le participe « nickelé » signifie recouvert, plaqué avec du nickel. On imaginait donc qu’avoir les pieds nickelés vous alourdissait tellement que vous étiez incapable de rien faire. D’autant qu’on sous-entendait que les pieds étaient nickelés ensemble, c’est-à-dire soudés : impossible de bouger.

C’était donc un peu l’équivalent du paresseux incapable, celui qui aujourd’hui a un poil dans la main, ou celui qu’on appelle un bras cassé… qui ne sait rien faire de bon.

C’est comme cela qu’on comprend mieux d’où viennent ces héros de bande dessinée originaux, qui ont enchanté la France du début du Vingtième siècle : Croquignol, Ribouldingue et Filochard. Originaux car ils sont précisément l’inverse des héros positifs : malhonnêtes, escrocs, mais qui ratent systématiquement leur coup et se retrouvent au début de chaque nouvel épisode, tout à fait fauchés.

Pourtant ce type de héros n’était pas absolument nouveau : on en trouvait beaucoup des vauriens dans les romans picaresques du XVIIIe siècle. Mais aujourd’hui, on feint de s’étonner que le vingtième siècle commençant en ait produit.

Le mot « nickelé » était d’ailleurs assez productif, puisqu’on trouve aussi dans les dictionnaires d’argot d’il y a un siècle l’expression « tête nickelée » qui signifie totalement chauve !

Cette expression n’existe plus non plus. Mais elle nous aide à comprendre celle qui est tout à fait courante « nickel ! » ou même, en superlatif  « nickel chrome ! » qui signifie sans bavure, absolument net, sans rien à reprendre. Ca donne bien l’image de ce qui est si lisse qu’on peut s’y mirer.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 16/01/2007