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L'actu du FLE

Dans le cadre des modules spécifiques proposés par l'Alliance française de Nanjing (Chine), Marie-Hélène Nicolas a mené un projet de production radiophonique avec une douzaine d'étudiants. L'objectif était de leur faire produire de petits modules sonores qui seraient ensuite diffusés en direct lors d'une émission radio en public à l'Alliance française. Entretien avec Marie-Hélène Nicolas sur une première expérience très enrichissante et très concluante tant pour le professeur que pour ses élèves. Projet à suivre…
Je viens de l'univers de la radio et quand j'ai découvert le français langue étrangère, il m'est très vite apparu que je pouvais allier ces deux domaines. J'ai donc commencé à proposer de petits projets de production radiophonique un peu éparpillés dans le cadre de mes séances de cours « classiques ». Et je me suis vite dit qu'il y avait quelque chose de formidable à mettre en place.
Quand je suis arrivée à l'Alliance française de Nanjing, j'ai eu la chance qu'on me laisse le champ libre pour réaliser ce projet à la fois modeste et ambitieux. J'ai pu le mener comme je l'entendais, avec l'idée que je m'en faisais.
Nous sommes passés par plusieurs étapes. Au départ, il y a eu une phase de découverte : nous avons écouté un grand nombre d'émissions de radio. Le but était d'essayer de définir le ton et le son de chacune des radios que nous écoutions. C'était également une manière de familiariser les étudiants avec la radio en France puisqu'il existe de nombreuses différences dans les pratiques radiophoniques d'un pays à l'autre.
Le but de toutes ces écoutes était de comprendre aussi que la radio c'est à la fois des voix, des bruitages, des musiques, des publicités, etc. Ces étudiants n'avaient jamais eu de réflexion particulière sur ce média. Il a donc fallu tout mettre à plat et découvrir que finalement tout ceci est articulé et que par exemple on ne travaille pas de la même manière sur les informations ou sur un reportage, etc.
Nous avons profité de ces séances en classe pour travailler sur la découverte de ce média, pour les bases théoriques et bien sûr aussi pour l'aspect technique de la production. Ensuite, il y a bien évidemment eu toute une partie « sur le terrain » qui a été menée en dehors des cours.
Les élèves ont très rapidement constitué des petits groupes. Certains ont choisi de travailler sur l'interview, d'autres sur le reportage. Ils se sont mis d'accord sur les sujets qu'ils souhaitaient traiter et ils ont contacté les personnes à interviewer.
De là, chaque groupe est parti avec son matériel récolter tous les sons dont il avait besoin. J'étais bien entendu là pour les guider tout au long de leur parcours, mais chaque groupe avait son objectif de travail sans jamais perdre de vue la présentation finale lors de notre « grand direct » à l'Alliance française.
On ne devient pas professionnel de la radio en quelques heures. Ce n'était d'ailleurs pas l'objectif. On est vraiment partis de ce que les étudiants avaient envie de faire.
Pour ma part, connaissant bien l'univers de la radio, je pouvais appréhender ce que ça allait donner au final, mais pour eux la grande difficulté était justement de se rendre compte du résultat possible : il y a des voix, certes, on les enregistre dans un micro, mais après ? Comment agencer toutes ces choses-là ? Quels bruitages va-t-on choisir ? Quelles musiques ? Pour eux c'était un peu délicat de se rendre compte de tout ça.
L'évolution était très intéressante à observer : ça passe par des premières séances où l'on s'enregistre timidement, on découvre sa voix en étant surpris de ne pas se reconnaître.
Et puis, au fur et à mesure, on apprend à placer sa voix, à l'apprivoiser. On commence à être à l'aise devant le micro, à l'aise aussi dans le fait de poser des questions à l'autre, à l'inconnu… C'est tout un apprentissage de cet univers bien particulier mais aussi un apprentissage de la langue, bien sûr.
Il n'y avait pas d'objectifs linguistiques à proprement parler. L'idée était plutôt de se dire : voilà ce que nous cherchons à faire, et nous allons y arriver en français.
Il n'y a pas eu besoin de « faire de la langue », on « était dans la langue » : que ce soit au niveau de la compréhension orale pendant la phase de découverte, de l'expression écrite pour la préparation des interviews, ou de la prise de parole au micro – excellent moyen pour travailler la prononciation et l'intonation.
En revanche pour ce qui est des productions, nous avons mixé le chinois et le français. C'était plus riche ainsi compte tenu du niveau un peu faible de certains étudiants. De plus, la séance publique que nous avons proposée était ouverte à tous, francophones et non francophones.
Pour animer cette émission, nous avions d'ailleurs invité un grand monsieur de la radio en Chine. Il a pu, lui aussi, nous présenter sa radio en chinois. Cela a été l'occasion de comparer ce qui se fait à la radio en Chine, et ce que nous proposons en France. C'était un réel échange, on était vraiment dans l'inteculturel radiophonique ! On a inséré dans ce direct le travail des étudiants en diffusant leurs modules sonores suivis d'une traduction en chinois.
Je pense que cela leur a permis de découvrir un univers qui fait rêver. Quand on parlait ensemble de la radio, il y avait des étincelles dans leurs yeux. Ils se disaient : « Chouette ! On va pouvoir parler dans le micro, on va s'entendre, on va interviewer des gens ».
C'était magique pour eux d'entendre des voix qu'ils avaient enregistrées dans une petite machine, de voir finalement tout un univers se créer après avoir agencé tout ça avec les musiques, les jingles, etc. Je suis sûre qu'aujourd'hui ils n'écoutent plus la radio de la même façon, et pour moi le pari est gagné !
Je l'ai vraiment perçu comme une sorte de « passation de passion ». Un réel échange. Et puis derrière tout cela il y avait aussi l'envie de leur dire que même eux, avec une langue approximative, ils pouvaient réussir à créer de belles choses en français. C'était une belle aventure.
Propos recueillis par Mathilde Landier
Article publié le 29/01/2007
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