publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
Mots de l'actu
 
Annonce Goooogle
Annonce Goooogle
Comprendre l'actualité

Les mots de l'actualité

PATRIMOINE   19/01/2007

 

Polémique sur le patrimoine des candidats à la prochaine élection présidentielle. On n’a (presque) parlé que de ça, depuis que des bruits assez bas, il faut le dire, ont essayé de faire naître des soupçons sur les déclarations fiscales de Ségolène Royal quant à sa fortune.

La délation n’est pas la plus honorable des armes politiques, mais le monde politique n’est pas un monde d’anges, ni forcément un monde d’honnêteté.

Alors on est en droit de se demander ce qu’on appelle exactement « patrimoine ».

Le mot représente l’ensemble des possessions de quelqu’un, avec cette idée, le plus souvent, que ces possessions constituent une certaine richesse : le mot n’évoque pas vraiment des biens de consommation, mais plutôt des biens qui sont comme des investissements, des placements. Des biens par exemple qu’on peut léguer par héritage. Ou qu’on peut vendre, si, comme on dit, on les réalise. Donc il s’agit plutôt de propriétés, d’investissements boursiers.

Ces biens sont calculables, évaluables, et s’ils dépassent un certain plafond, ils sont taxés : leur possesseur doit payer l’ISF, « impôt de solidarité sur la fortune », qu’on appelle plus généralement « impôt sur la fortune ».

Mais bien entendu, le mot « patrimoine » peut être employé de façon ironique, pour souligner la pauvreté ou le dénuement : « Pour tout patrimoine, il n’avait que deux chemises, une paire de galoches et un chat ».

Le mot patrimonium en latin, d’où dérive notre « patrimoine » français, est formé sur pater : le père. Il s’agit donc au départ de l’ensemble des biens qui appartiennent au père de famille. Mais le mot peut concerner les richesses qu’on a acquises soi-même : « A la fin de sa vie, il s’était constitué un patrimoine assez rondelet ».

Si je précise cet usage, c’est qu’il s’oppose à un autre, très répandu et très vivant : souvent, on entend par « patrimoine » ce qu’on a eu par héritage, ce qu’on tient de ses pères. Ce sens est présent en français à l’époque classique déjà…

Le patrimoine serait constitué des bijoux de famille alors ? Loin de moi l’idée de faire des plaisanteries grivoises… mais c’est un peu ça. L’image est là, d’autant plus qu’au XVIIIe un sens plaisant et familier faisait du patrimoine l’équivalent des génitoires.

Un sens scientifique contemporain est également à l’œuvre : ce qui est hérité, transmis de la façon la plus directe entre parents en enfants, donc, ce avec quoi on naît. On parle de « patrimoine génétique » pour désigner la structure chromosomique présente dès la conception, dans chaque être humain.

Le patrimoine semble représenter quelque chose d’extrêmement personnel, de tout à fait privé, et qui peut même être ce qui vous différencie de tous les autres. Ce qui est étonnant, c’est que le mot a pris un sens très lié au partage : non pas ce qu’on hérite individuellement, mais ce qu’on hérite collectivement, cette mémoire qui fonde un peuple, une nation, une génération, un groupe d’individus.

Et on parle ainsi de « patrimoine culturel » : ce que nous ont transmis les générations qui nous ont précédés. Et l’idée de partage va même jusqu’à être partagée par tous les habitants de la planète, puisqu’on on a fondé l’idée de « patrimoine artistique de l’humanité ».

Le mot est donc à la mode, on l’emploie de plus en plus, ce qui nous donne une assez bonne idée de la mentalité contemporaine : ce souci qu’on a de l’histoire, de ce qui nous a précédé. Le patrimoine serait donc la conscience vivante, moderne, la conscience d’aujourd’hui du passé qui permet cet aujourd’hui, qui le détermine et qui le fonde.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 19/01/2007