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Mots de l'actu |
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Les mots de l'actualité
La proximité de l’élection présidentielle en France joue bien entendu sur le contenu de la presse et des journaux, et l’on cherche chaque jour mille manières de traquer de façon originale l’actualité de la campagne, même si cette campagne n’est pas officiellement ouverte.
Ainsi le journal Libération essaie-t-il de pointer le mot du jour… un angle comme un autre, et qui nous est particulièrement familier. Et hier, c’était le verbe « tangenter » qui était proposé : François Bayrou, qui a en ce moment la faveur des sondages, s’est paraît-il fixé comme objectif de « tangenter » Ségolène Royal.
Bien entendu, le mot n’existe pas, du moins pas encore. Et pourtant, si quelqu’un l’emploie, et que la plupart de ses interlocuteurs, ou de ses lecteurs comprennent le sens qu’on a bien voulu lui donner, il a une existence, et une signification, bien qu’aucun dictionnaire ne le reconnaisse. Mieux ! son sens dérive du fait qu’il soit tout récemment inventé, qu’il « n’existe pas », qu’on le devine avant de la comprendre, et que sa transparence soit le mode d’accès à se signification.
Donc il se prononce, il s’entend, il se lit avec le petit sourire de connivence, amical, ou agacé, qui montre bien qu’on l’a compris tout seul, bien qu’on ne l’eût jamais vu auparavant.
Tangenter Ségolène Royal, ça signifie évidemment la frôler. Et là, il s’agit encore des sondages. Si les intentions de vote dont on crédite François Bayrou augmentent, si elles se rapprochent des pourcentages de Ségolène Royal, François Bayrou va talonner cette concurrente. Il va se trouver juste derrière. Ses chiffres vont effleurer les siens… si par exemple elle est à 17% et qu’il est à 15… Là encore, bien sûr, je prends des chiffres fantaisistes, à simple titre d’exemple.
Mes ce verbe « tangenter » se comprend à partir du nom « tangente », ou de l’adjectif « tangentiel ».
Tous ces mots nous viennent du vocabulaire de la géométrie, de cette partie des mathématiques qui raisonne sur le rapport des surfaces, des lignes, des points… Une droite tangente à un cercle est celle qui le coupe en un seul point. Autant dire, dans une langue qui n’est plus mathématique, qu’elle le touche sans le traverser : elle ne le pénètre pas, pour ressortir par un autre point. Elle le frôle en un seul point.
Mais dans cette invention de mot, on garde l’idée que Bayrou reste quand même derrière Royal. Ce n’est pas pour rien qu’on employait le verbe « talonner » : il est peut-être de plus en plus près, mais ne voit jamais que ses talons. Il est en train de la rattraper… même si on doute qu’il la rattrape jamais. C’est ce qu’on entend parfois par cet adjectif « tangentiel » : on a l’idée que l’écart diminue à chaque pas. Mais aussi petit qu’il soit, cet écart demeurera.
Nous sommes renvoyés à cette vieille histoire, le paradoxe d’Achille et de la tortue. Achille et la tortue font la course ; la tortue va très lentement, et Achille court très vite. Mais la tortue est devant, et chaque fois qu’Achille parcourt l’espace qui le sépare de celle-ci, la tortue a avancé un peu. Achille de nouveau la rattrape… et de nouveau elle a avancé pendant ce temps-là. Et ainsi de suite… Achille tangenterait-il la tortue ?
Yvan Amar
Article publié le 14/02/2007
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