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Les mots de l'actualité
Le succès de l’émission récente intitulée « J’ai une question à vous poser », et qui mettait en présence Ségolène Royal et des Français(es) à qui elle devait répondre, a suscité bien des interrogations sur la façon dont ce genre de manifestation était préparé.
Quelles questions seront posées ? Et surtout, qui les posera ? Qui sera invité à interroger le ou la candidat(e) ? Qui représentent ces invités ?
C’est ainsi qu’on a beaucoup écrit sur l’élaboration de ces « panels », sans qu’on s’interroge toujours sur le sens de ce mot, subitement à la mode.
On parle en effet d’un panel d’invités, et on ajoute parfois un « panel représentatif ». Est-ce un pléonasme ? C’est en tout cas une insistance sur le sens qu’on donne à ce mot. Un panel, en effet, désigne un certain nombre de personnes sélectionnées pour s’exprimer sur des sujets précis.
Et ces personnes, on les a choisies parce qu’on trouvait qu’elles représentaient bien un ensemble plus important. Comme si elles reflétaient toute une population : on y trouve la même proportion d’hommes et de femmes, d’agriculteurs et de retraités, de chômeurs et de cadres supérieurs, d’électeurs de droite, du centre et de gauche, d’urbains et de ruraux…
En bref, si l’on reprend l’exemple de l’émission de lundi dernier, on essaie de fabriquer une petite France avec cent personnes… J’exagère bien sûr, mais c’est bien l’intention : on tente, à partir d’un groupe assez restreint mais minutieusement choisi, de comprendre comment vivent, pensent, réagissent des millions de gens.
Le système n’est pas sans défaut, bien sûr, la photographie ne sera jamais parfaite. Mais ce mode d’approche dérive tout droit des enquêtes sociologiques, dont la pratique a importé le mot en français dans les années 50.
On a donc constitué des panels de consommateurs pour savoir ce que les gens étaient prêts à consommer, à dépenser, ce dont ils avaient envie, et ce qu’ils rejetaient. Mais c’est aussi à partir de panels qu’on anticipe les élections : pas de sondages sans panel !
Le mot a été emprunté à l’Amérique de l’après-guerre, mais son origine lointaine est française : on l’entend bien, « panel » vient de « panneau », ce qui évoque l’image de ce qu’on déplie, qu’on déploie.
En fait on comprend mieux l’histoire du mot en se souvenant que dans l’Angleterre du XIVe siècle, le « pan » désigne le document sur lequel on écrit le nom de tous les membres d’un jury. Il a donc fini par désigner le jury lui-même, et l’on sait que l’ensemble des jurés d’un tribunal, qu’ils soient ou non tirés au sort, incarne la justice populaire.
Il est donc censé représenter le pays tout entier, souverain, et réduit à l’opinion d’une douzaine de personnes. On la tient déjà, cette idée du modèle réduit à l’image de la réalité grandeur nature.
Alors d’autres mots, moins sociologiques, peuvent être utilisés : « l’éventail », belle image, mais qui n’a pas de caution scientifique. Ou « l’échantillon », qui lui en a beaucoup plus, et qui, à l’origine, évoque la petite quantité qui est à l’image de la grande. Comme un échantillon de tissu, qui permet de se faire une idée de la qualité, de la texture et du coloris.
Yvan Amar
Article publié le 21/02/2007
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