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Les pommes de la concorde ! C’est sous ce titre, un peu facile peut-être, mais souriant et plutôt bien trouvé que le Monde présente l’ouverture annuelle et donc exceptionnelle de la frontière israélo-syrienne, sur le plateau du Golan.
Les paysans druzes vivant en Israël, une fois l’an, se voient accordé le droit de vendre leurs pommes aux Syriens (10.000 tonnes quand même). Opération véritablement commerciale autant qu’elle est symbolique donc !
Mais comment expliquer ce titre « les pommes de la concorde » ? Il s’agit en effet de concorde, c’est-à-dire d’entente, facilitée par ce genre de trêve courte.
Mais la formule se comprend aussi parce qu’elle est symétrique d’une autre : « pomme de discorde », expression figée bien connue, qui fait de la pomme le signe, et le déclencheur d’une dispute, d’un différend, grand ou petit, qui peut aller de la querelle de voisinage à la guerre de Troie.
Pourquoi prendre cet exemple de la guerre de Troie ? Parce qu’elle est à l’origine de l’expression. En effet rappelons-nous l’histoire mythologique.
Elle commence par une vexation : la déesse de la discorde, Eris, n’a pas été invitée à un banquet des dieux. Elle s’y rend quand même, bien décidée à se venger, et lance sur la table de la fête une pomme en or, sur laquelle est gravée cette inscription : « A la plus belle ».
Trois déesses aussitôt veulent s’en emparer, chacune prétendant que la pomme est pour elle. Et Zeus décide que c’est un mortel, un homme ordinaire, qui décidera.
Les trois belles, Athéna qu’on appelle aussi Minerve chez les Romains, Héra, qu’on connaît aussi sous le nom de Junon, et Aphrodite (elle, c’est Vénus pour les Romains), se retrouvent donc au sommet d’une montagne, où elles croisent un jeune berger, séduisant et un peu niais, Pâris. On lui confie la pomme avec une mission : il doit la remettre à la plus belle des trois déesses.
On imagine la suite : la pomme fera une heureuse, coquette et peut-être un peu vaniteuse… Et elle fera en même temps deux jalouses, dépitées et déterminées coûte que coûte à se venger. La pomme est donc vraiment mère de discorde !
Chacune des concurrentes tente d’influencer le jugement du jeune homme. Athéna lui promet la gloire… peine perdue ! Héra lui révèle sa véritable identité (il n’est pas berger mais fils du roi Priam)… il en est bien content, mais cela ne suffit pas à emporter son jugement.
Aphrodite, elle, lui promet l’amour de la plus belle des mortelles, Hélène. Et là, on sent la tentation qui s’empare de Pâris, qui finit par tendre la pomme à la belle… Elle n’était pas pour rien déesse de l’amour, et savait manipuler les hommes comme les dieux…
On le voit, cette pomme est liée d’une façon ou d’une autre au désir et à la tentation. De façon différente, certes, de la pomme d’Eve et du serpent ; mais les mêmes ingrédients sont présents, distribués différemment.
Alors pourquoi une pomme ? Ne nous laissons pas trop convaincre par le mot… Il s’agit d’une pomme extraordinaire, pomme d’or, fruit défendu et mythique, sûrement très différent des pommes qui seront négociées aujourd’hui sur le Golan. Mais en français, c’est toujours ce mot qu’on emploie.
Yvan Amar
Article publié le 01/03/2007
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