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Les mots de l'actualité

PALU   02/03/2007

 

Un nouveau traitement contre le palu va être prochainement répandu. Un traitement paraît-il efficace, et semble-t-il peu coûteux : moins d’un dollar par jour pour les adultes, et la moitié pour les enfants. Un nouvel espoir pour combattre cette maladie endémique qui continue de faire des ravages dans de nombreux pays.

L’Asaq, puisque c’est son nom, va-t-il ouvrir une nouvelle période dans l’histoire de la maladie ? On peut le souhaiter. Le nom même du produit se place sous le signe de l’optimisme. Asaq, comme si le mot représentait plusieurs qualités : adapté, simple, accessible et de qualité.

Mais c’est le mot « palu » qui retient mon attention aujourd’hui. On sait qu’il s’agit d’une abréviation : palu pour paludisme. Et c’est si courant que ça ne sonne même plus comme un mot familier. Mais on peut quand même s’interroger sur l’origine du mot. Le mot dérive du latin palus, qui signifie « marais ». Pourquoi cela ? Parce qu’en Europe, depuis le Moyen Âge, les zones marécageuses étaient celles où la maladie était la plus répandue.

On sait aujourd’hui qu’elle se transmet par l’intermédiaire d’une piqûre d’insecte, un moustique particulier, appelé anophèle. Ce genre de moustique se trouvait en nombre dans les marais, ce qui rendait cet environnement suspect. Mais le moustique n’était pas à proprement parler produit par le marais, alors qu’on imaginait que les marais étaient en eux-mêmes responsables de la propagation du mal.

En effet les marais ont mauvaise réputation. Leurs eaux stagnantes et sales, les odeurs qui en émanent étaient considérées comme pathogènes, comme facteurs et passeurs de maladies. Et on pensait que l’air qu’on pouvait y respirer était vicié.

Cette atmosphère, on l’appelle parfois méphitique : un vieux mot qui signifiait insalubre, plein de soufre, sentant le soufre, qu’on utilisait à propos de ce qu’on sentait juste avant ou après une éruption volcanique. On a encore l’idée que ce sont ces genres de gaz qu’on respire qui sont toxiques, qui font que la maladie se déclare : ce n’est pas seulement que ça sent mauvais, c’est que c’est un peu pourri et que cette pourriture qu’on sent est à l’origine de la maladie. L’air est mauvais, l’air est vicié.

Et ce mauvais air, en italien, on l’appelle mala aria. Au XIXe siècle, on a emprunté l’expression à la langue italienne, en collant les deux mots : mala aria, donne « malaria », un ancien nom du paludisme qui est encore en usage, bien qu’il ne soit pas très scientifique.

Revenons à notre « palu ». C’est une abréviation, mais on utilise parfois des mots complets qui dérivent de cette racine : fièvre paludéenne, anti-paludéen (même s’il est plus court de parler d’antipalu).

Et si « palude » est un mot qui renvoie à l’image du marais, il a, même au Moyen Âge, été associé avec les marais salants : on les appelait « paluds » ou « paludes », et les « paludiers » étaient ceux qui travaillaient à exploiter ces marais en en tirant le sel. Le mot est encore compris de nos jours, même s’il est bien peu employé.

Alors que le mot « paluderie », pour désigner la partie du marais exploitée pour qu’on en tire du sel, est franchement sorti d’usage.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 02/03/2007