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La crise d’Airbus inquiète de nombreux salariés de l’entreprise, et secoue le milieu politique français. Mais on peut quand même s’interroger sur ce nom étrange.
La société Airbus est née il y a une trentaine d’années de la fusion de plusieurs sociétés européennes : française, allemande et espagnole (Aérospatiale, Casa, et Chrysler-Daimler). Quand on parlait de l’Aérospatiale, on voyait à peu près ce que ça impliquait : une société qui s’occupait de construction aérienne et de construction spatiale. Mais le mot « Airbus », s’il est fort bien trouvé, est plus étonnant.
Airbus est donc le nom d’un « avionneur », comme on dit, c’est-à-dire d’un fabriquant d’avions – un mot qui remonte aux débuts de l’aviation, et même à sa préhistoire puisqu’on le trouve pour la première fois en 1890, mais qui est toujours utilisé en particulier dans le langage journalistique : son air apparemment débonnaire, son côté artisanat à l’ancienne, lui donne une certaine allure.
Airbus, bien que ce soit une marque déposée, voit son succès reposer sur des principes voisins : c’est un mot qui affecte de ne pas se vanter, il a un côté bon père de famille, bonhomme tranquille, même si c’est une coquetterie.
Pour mieux comprendre cela, il faut se souvenir que c’est un nom qu’on donne souvent aux modèles des appareils, et pas seulement au constructeur ; l’A 380, c’est l’Airbus 380… on entretient donc une sorte de flou entre le nom de la société et le nom des objets construits.
Et puis Aribus, ça tranche avec les noms auxquels nous sommes habitués : Jaguar ou Mirage dans l’aviation militaire, Caravelle ou Concorde pour l’aviation civile. Ces appellations sont liées à des idées de prestige et de performances. Ou alors, bien sûr, on a de nombreux noms tout à fait codés et impersonnels : Boeing, avec tous ses numéros, Douglas et ses DC 10, Illiouchine, etc.
Alors qu’Airbus propose du transport démocratique et du transport de masse. Et tout ça à cause de « bus » : on est dans l’univers des transports publics, rassurants et économiques. Et on comprend que prendre l’avion, c’est presque comme prendre le bus.
Et qu’est-ce que c’est alors que le « bus » ? La terminaison d’« autobus », un car urbain qui suit tranquillement sa ligne. Et comment expliquer cette étrange terminaison « –bus », qui finit par être indépendante, par désigner l’« autobus » à elle toute seule ?
Eh bien, ça nous vient d’« omnibus ». Une grande voiture, au départ tirée par des chevaux, et qui s’arrête à tous les arrêts, d’où son nom. Omnibus est d’abord un mot latin qui signifie « à tous… ». Il s’agit donc du mode de transport qui s’arrête partout, et aujourd’hui on parle encore de trains omnibus, qui s’opposent aux express ou aux rapides, qui ne s’arrêtent que dans certaines gares.
Mais l’imaginaire populaire a poli ce mot d’« omnibus ». Et on imagine non seulement qu’il s’arrête partout, mais qu’il est fait pour tous : il n’est pas cher, et tout le monde peut l’utiliser. Sa dernière syllabe « bus » a donc récupéré tous ces genres d’échos. Et lorsqu’on met en service un bateau sur la Seine, pour transporter des voyageurs, on l’appelle spontanément « batobus ».
C’est ainsi que l’Airbus avait trouvé son image. Encore faut-il qu’il ne la perde pas.
Yvan Amar
Article publié le 06/03/2007
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