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Les mots de l'actualité
Un « Appel des 343 mamans des cités » est publié aujourd’hui dans la presse française pour demander, entre autres, plus de reconnaissance et plus de droits pour les mères qui, en France, habitent dans ces endroits réputés difficiles, ces banlieues, ces cités.
Un mot d’abord sur cette appellation, « appel des 343 mamans… » La référence du nombre est clair : c’est une allusion au très célèbre « Appel des 343 femmes » paru en avril 1971. 343 femmes reconnaissaient publiquement avoir subi un avortement, alors même que cette pratique était encore totalement illégale et sévèrement réprouvée.
L’appel initial fut suivi d’un autre, bien plus large, auquel des milliers de femmes avaient adhéré, et des milliers d’hommes qui s’en déclaraient solidaires et complices volontaires. Mais l’appel d’origine impliquait 343 femmes, célèbres ou non, qui avaient signé de leur nom – ce qui n’est pas le cas pour l’appel des mamans qui nous occupe, et qui est singulièrement plus flou.
Cette dénomination se souvenait d’ailleurs d’un autre appel plus ancien : « le manifeste des 121 » qui en 1960 se déclaraient contre la guerre d’Algérie et pour un droit à l’insoumission.
Mais l’autre point intéressant me semble être dans le mot utilisé : il s’agit d’une appel des « mamans », et non d’un appel des « mères ». Cet usage du mot « maman » est bien révélateur d’une évolution du langage : on parle de plus en plus de « maman », là où il y a quelques années encore, on parlait de « mère ».
Le mot « mère » est un nom commun, qui a un sens précis. Le mot « maman » est au départ un appellatif, un mot qu’on n’utilise que dans une certaine relation qu’on a envers quelqu’un – sa mère. Ce n’est donc pas exactement un nom commun, on ne l’utilise pas pour désigner, de l’extérieur, la relation entre une femme et son enfant.
Vous allez penser que j’exagère : on dit bien « une maman », « va appeler ta maman, dis-le à ta maman… » Oui certes, mais on voit bien que toutes ces phrases font partie d’un vocabulaire enfantin. En parlant à un jeune enfant, il est d’usage d’utiliser les mots qu’il utilise lui-même.
Cela simplifie, mais cela permet aussi de construire un monde où l’on sent bien que les références sont enfantines, à portée des enfants, construites pour les enfants et autour d’eux. A l’Ecole maternelle, on dit « c’est l’heure des mamans » pour dire qu’il est quatre heures et demie, que les mamans surtout – mais pas uniquement – vont venir chercher leur enfant. On est dans l’enfantin, et on est aussi dans l’intime de la relation.
Eh bien, il y a une forte tendance aujourd’hui à exporter ce parler intime au dehors de la sphère qui l’a créé. La langue exhibe l’intime et les frontières de la familiarité ont tendance à se gondoler un peu. La fête des Mères, inaugurée par le gouvernement de Vichy, m’a toujours semblé suspecte. Mais la fête des Mamans, pour des raisons différentes, l’est plus encore.
Yvan Amar
Article publié le 08/03/2007
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