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Les mots de l'actualité

ALTERNATIVE A L'ALTERNANCE    19/03/2007

 

Les observateurs de la vie politique française essaient de comprendre et d’analyser la surprenante percée, la montée en puissance comme on dit, d’un candidat qu’on n’attendait pas aussi bien placé dans la course présidentielle, François Bayrou. Et un journaliste a hasardé une formule étrange, paradoxale et assez heureuse, en disant qu’il représentait une alternative à l’alternance.

Belle formule parce qu’elle fonctionne comme un jeu de mots : « alternative » et « alternance » sont deux cousins, deux mots d’une même famille, qui ont chacun sa signification.

Qu’appelle-t-on l’alternance ? C’est cette sorte de jeu de balancement qui fait que les deux grandes orientations de la politique en France, en gros la droite et la gauche, exercent le pouvoir l’une après l’autre, en alternance : un coup c’est l’un, un coup c’est l’autre, pourrait-on dire familièrement.

Et ce mot, on l’entend surtout depuis 1986. En 1981, après vingt-trois ans de pouvoir de la droite, François Mitterrand est élu président de la république : on parle alors de changement, plus que d’alternance. Mais dès 1986, époque de la première cohabitation entre Mitterrand président et Chirac Premier ministre, on a parlé d’alternance : avec une relative régularité, le pouvoir est passé de gauche à droite puis de droite à gauche lors de chaque rendez-vous électoral important.

Les électeurs en ont assez de la droite, et la gauche passe… ils se fatiguent de la gauche, la droite revient… C’est bien ce qu’on appelle l’alternance : on dit que l’herbe semble toujours plus verte de l’autre côté de la barrière, et l’important c’est le mot « autre », de la même famille qu’alternance.

Alors serait-ce ce balancement, devenu presque prévisible, que les électeurs voudraient changer ? Souhaiteraient-ils autre chose que ce lassant ping-pong ? C’est bien ce que suggère la formule « alternative à l’alternance » : comme si Bayrou incarnait non pas une solution de rechange à la droite ou à la gauche, mais une solution différente de cette fourchette un peu usée.

Et c’est bien le sens qu’on donne le plus souvent à ce mot d’« alternative » : solution de rechange, deuxième solution, autre solution. Un peu comme le plan B dont on nous parlait avant le dernier référendum sur l’Europe : plan B, c’est-à-dire le plan n°2, celui auquel on n’avait pas pensé tout de suite. Vous pensez qu’il n’y a qu’une seule possibilité ? Mais non voyons : il existe autre chose, nous avons une alternative.

Attention, les puristes de la langue française vont se raidir contre cet usage. En effet ce sens du mot « alternative » est condamné par l’Académie, surtout d’ailleurs parce qu’il est calqué sur son double anglais. C’est donc un anglicisme qui fait froncer quelques sourcils, bien que son emploi soit devenu très fréquent.

Faut-il considérer pour autant que le mot « alternative » est interdit en français, qu’il ne devrait pas exister ? Pas du tout, il existe depuis fort longtemps avec un sens différent : une alternative, c’est au départ une situation qui offre deux dénouements possibles.

Et ce mot désigne la situation elle-même et non la deuxième solution au problème : la peste ou le choléra, la corde ou la guillotine, une après-midi avec un cousin acariâtre ou une après-midi à ranger ses vieux papiers… voilà trois alternatives différentes, dont aucune n’est vraiment réjouissante.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 19/03/2007