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L'actu du FLE

La famille Perrot.
© T. Perrot

Le savoir-web des Perrot

Elle est responsable pédagogique dans une école de langue, il est professeur de français langue étrangère dans cette même école. Quand ils rentrent à la maison, Thierry et Anne s’occupent de leurs enfants comme dans n’importe quelle famille. Mais une fois les enfants couchés, pour eux, place aux loisirs : ils s’installent devant leur ordinateur et créent des sites pédagogiques pour apprendre le français. Ils en ont déjà près d’une dizaine à leur actif et bien d’autres en préparation… Portrait de famille.

 

Comment vous est venue l’idée de créer des sites pédagogiques ?

Au début des années 2000, Internet était encore balbutiant, surtout en matière de pédagogie. Anne et moi travaillions tous les deux dans le même domaine, le français langue étrangère (FLE) et j’étais déjà passionné d’informatique. Nous nous sommes tout de suite dit qu’il y avait beaucoup de potentiel entre le multimédia et la pédagogie, mais à l’époque les maisons d’éditions n’étaient pas particulièrement intéressées. Nous avons donc décidé de nous lancer tous les deux dans cette aventure multimédia en dehors de notre travail. C’était également une manière de valoriser notre travail d’enseignant de FLE en publiant des activités pédagogique : le monde du FLE – notamment en France – est un milieu assez difficile et pour perdurer, il faut pouvoir proposer des savoir-faire que d’autres n’ont pas.

Vous êtes professeur de français et votre femme est responsable pédagogique. Etiez-vous tous les deux suffisamment formés pour créer et gérer des sites Internet ?

Quand on a commencé, il n’y avait qu’un logiciel pour concevoir des exercices – « hot potatoes » – qui est encore utilisé aujourd’hui. Je trouvais vraiment dommage de se limiter à un seul système pour produire des activités en ligne. Je voulais reprendre des études informatiques mais il n’y avait pas de formations proposées aux enseignants. J’ai dû revoir seul plusieurs langages de programmation informatique et je les ai adaptés à nos besoins. Notre principe de base était de fabriquer de petites applications adaptées à tous les systèmes informatiques et qui fonctionnent à 100% pour que les étudiants ou les enseignants puissent les utiliser sans avoir trop de contraintes techniques. C’est ce qui nous a motivé à publier « usinaquiz ».

Vous semblez vous occuper plus spécifiquement de l’aspect technique. En général, comment vous répartissez-vous les tâches entre Anne et vous ?

On est très différents mais les rôles sont assez faciles. Elle a plus d’imagination que moi et une plus grande expérience en matière de pédagogie. Donc les idées et la pédagogie partent souvent d’elle, et je m’occupe plus spécifiquement de l’aspect technique et pratique, puisque je dessine également. Bien entendu, cela ne nous empêche pas d’intervenir l’un et l’autre sur la pédagogie et la technique. Nos jeunes enfants participent également à leur manière : nous trouvons parfois des idées et des applications d’abord pour eux en fonction des difficultés qu’ils peuvent rencontrer à l’école et nous les transposons dans une perspective de FLE.


Mais la famille Perrot, c’est une aventure familiale ou une vraie entreprise ?

La famille Perrot, c’est juste un couple de passionnés de français langue étrangère et d’informatique ! Tout le temps que nous consacrons à cette passion n’est bien évidemment pas rémunéré, même si la publicité permet maintenant de payer quelques-unes des dépenses engendrées par cette activité. Quand on a une passion, ça déborde toujours dans la sphère privée. Bien entendu pour nous la famille passe avant tout. Nous nous occupons énormément de nos enfants, nous partons en vacances comme tout le monde mais c’est vrai qu’on lit parfois moins, on regarde peu la télé, et on passe en moyenne deux à trois heures sur notre ordinateur, le soir quand les enfants sont couchés. Cela n’a rien de foncièrement exceptionnel, c’est un loisir qui peut être accepté comme tel.

Comment concevez-vous les activités pédagogiques que vous proposez sur vos différents sites ?

Nous avons choisi de proposer des « grains pédagogiques », c’est-a-dire de petites séquences ludiques sur des thèmes spécifiques, que ce soit du vocabulaire, de la phonétique, de la compréhension, etc. Par exemple, notre dernière séquence sur « lexiquefle », c’est un travail sur les vêtements qui mêle à la fois enrichissement lexical et compréhension audio. Il ne s’agit donc pas d’une méthode de langue à part entière mais plutôt de micro activités que les enseignants peuvent utiliser en classe ou que les étudiants peuvent faire en complément de leur formation, ou de manière totalement autonome. C’est un travail plutôt amusant sur lequel on peut passer rapidement ou y revenir plus tard pour retravailler plus en profondeur. Pour mettre au point ces « grains pédagogiques », nous utilisons le Cadre européen commun de référence et nous élaborons les activités par compétences, par domaine d’activités et par niveaux.

Avez-vous des retours d’internautes qui utilisent vos sites ?

A notre grande surprise, la plupart des retours que nous recevons sont positifs : les gens nous remercient sans forcement aborder des difficultés ou des problèmes qu’ils auraient pu rencontrer. Une dizaine de messages par jour de remerciements ou d’idées pour améliorer le site, c’est donc assez facile de répondre ! Au niveau des utilisateurs, il y a évidemment beaucoup d’enseignants qui ont besoin de matériel, c’est le cas notamment des enseignants des ex- pays d’Europe de l’Est, il y aussi des enseignants qui n’ont pas énormément de moyens pour acheter des ressources, donc Internet pour eux, c’est formidable. Et bien sûr, il y a beaucoup d’étudiants autonomes, jeunes ou plus âgés, qui veulent continuer leur formation.

Il existe de nombreux sites pour apprendre le français gratuitement. Comment expliquez-vous cette grande richesse ?

Le monde de l’éducatif s’ouvre de plus en plus sur l’espace du « libre » (logiciels libres et espaces collaboratifs sur Internet). De nombreuses initiatives partent maintenant des enseignants eux-mêmes plutôt que de grosses structures comme les maisons d’édition. Et d’après moi, le français « en ligne » est beaucoup plus développé que d’autres langues pourtant plus importantes en nombre d’apprenants, comme l’anglais. Je pense que ce qui fait la particularité de l’enseignement du français, c’est que les professeurs sont souvent très investis, c’est souvent issu d’une passion pour la langue. L’intérêt de cette grande variété de matériel proposé, c’est bien sûr la possibilité de pouvoir passer d’un site à l’autre en fonction de ce dont on a besoin ou ce dont on a envie à un moment donné. C’est dans cet esprit là que nous concevons nos sites.

Quels sont les projets de la famille Perrot ?

Il y a des projets de sites sur lesquels nous réfléchissons depuis plusieurs années mais qui n’ont pas encore vu le jour faute de temps ! Nous voulons, par exemple, proposer des activités sur les certifications et sur la dictée qui est revenue à la mode dans l’enseignement récemment. Et puis nous cherchons aussi à travailler au maximum avec d’autres collègues. Dernièrement, nous avons travaillé conjointement avec un autre couple d’enseignants sur un petit système qui permet de faire des exercices et qui peut être utilisé pour des tests pour les langues ou pour d’autres domaines. Bref, nous ne manquons pas d’idées : il y a encore tellement de choses à faire et a promouvoir dans le FLE !

Propos recueillis par Mathilde Landier

Article publié le 10/04/2007