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Les mots de l'actualité

SCISSION   11/05/2007

 

L’UDF est-elle au bord de la scission ? C’est en tout cas le mot qui revient abondamment dans la presse d’aujourd’hui.

Le Parti centriste, puisque c’est comme ça qu’on a défini le plus souvent cette formation politique, situé entre l’UMP et le Parti socialiste, a essayé de jouer un rôle d’arbitre dans la course présidentielle. Ou tout au moins François Bayrou, qui en est la personnalité dominante.

Mais c’est un jeu dangereux : on peut essayer de se pencher légèrement à gauche, puis à droite, de dire qu’on ne votera pas pour Untel, sans dire qu’on votera pour Unetelle, mais l’élection passée, les membres de cette formation militants ou surtout députés, personnalités du monde politique, se décident pour l’un ou l’autre camp. Et tous ne se décident pas pour le même.

Alors qu’en est-il de la formation ? Va-t-elle éclater, va-t-elle se séparer en deux parties, va-t-elle scissionner ? Car c’est bien cela une scission : une séparation en deux. Et on dit en général que le parti menace de scissionner, et non de se scissionner. L’usage est plutôt flou, mais on n’utilise pas le plus souvent la forme pronominale : scissionner se comprend donc comme se scinder en deux, se couper en deux.

L’emploi de ce verbe est-il bien recommandable ? On ne le trouve pas dans les dictionnaires, il n’existe pas officiellement en français, mais on l’a beaucoup entendu, ou même lu dans la presse, ces derniers jours. Il y a donc deux constructions différentes pour ces deux verbes « scissionner » et « se scinder », dont la racine est bien sûr la même.

Mais quand une scission s’opère, s’agit-il bien d’une séparation en deux parties égales ? Pas exactement, pas forcément, mais en tout cas le mot sous-entend que les deux morceaux sont de poids comparable, même si l’un est plus important que l’autre ; si l’UDF scissionne, il n’y aura plus vraiment d’UDF, mais deux mouvements politiques distincts.

On ne dit pas non plus, ou assez peu en tout cas, que l’UDF va exploser ou éclater. Quand on utilise ces verbes, on donne le sentiment d’une fragmentation multiple, en nombreuses petites parcelles : tout ce qui faisait la cohésion de départ a disparu. Il ne s’agit pas d’un fragment minuscule de l’ensemble qui va vivre sa vie de son côté, alors que l’ensemble de départ reste lui-même, bien que légèrement amputé.

On ne parle pas non plus de « sécession », ce qui impliquerait qu’une partie du mouvement quitte le navire de départ pour chercher autre chose : le parti resterait le parti, en plus petit, et un fragment détaché irait vivre sa vie de son côté. Même d’ailleurs si ce parti grandit ensuite jusqu’à faire de l’ombre à sa famille de départ. Un peu ce qui s’était passé au congrès de Tours en 1920, lorsqu’une fraction importante du Parti socialiste avait fondé le Parti communiste.

Pourtant le mot « sécession » est très marqué par une autre histoire que la française : il rappelle la guerre de Sécession aux Etats-Unis, qui déchira le pays entre 1861 et 1865, lorsque plusieurs Etats du Sud, qui refusaient d’abolir l’esclavage, voulaient se constituer en nation indépendante.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 11/05/2007