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Les mots de l'actualité

FANTÔME   29/06/2007

 

Un cabinet fantôme ! Est-ce cela que propose le Parti socialiste, dans l’opposition en France ? L’expression est peu connue dans le monde politique français ; elle ne fait pas partie de la tradition, et surprend encore : on a donc l’effet de surprise.

Cette pratique et le mot pour la désigner nous viennent de Grande-Bretagne ou le parti principal de l’opposition met sur pied un genre de contre-gouvernement, un symétrique du gouvernement : une structure est envisagée, en miroir de la composition gouvernementale ; on a donc quelqu’un qui prend la place du chef du gouvernement, et une personnalité pour chaque ministère. Pourquoi ?

On peut penser que c’est pour que la structure soit prête, en cas de déficience du gouvernement en place… mais il y a peu de chance de voir cette situation se réaliser. Alors c’est plutôt pour consolider une opposition qui peut discuter, ou dialoguer avec le gouvernement : l’opposition aura un spécialiste pour chaque domaine, qui sera plus à même d’entrer dans des controverses détaillées. Une décision qui fait débat est prise ? La personne qui dans l’opposition connaît le dossier peut immédiatement ferrailler avec le responsable de cette initiative.

Cette expression « cabinet fantôme » est directement traduite de l’anglais. On a pu la lire ou l’entendre depuis deux jours, mais on voit bien que ceux qui ont pris cette initiative ne mettent pas tellement la formule en avant. En effet, en français elle peut surprendre, ou être facilement tournée en dérision… Le Parti socialiste ayant perdu les élections, sa visibilité étant parfois remise en cause, il n’a pas intérêt à mettre trop en avant une image fantomatique qui lui colle déjà à la peau. Alors on parle plus volontiers de contre-gouvernement.

En effet, en français l’image du fantôme évoque rarement le symétrique du réel. Elle souligne souvent ce qui n’existe pas, ou tout au moins ce qui n’a pas d’existence matérielle, ce qui échappe au dernier moment quand on croit le tenir.

Ainsi si vous dîtes : « je n’avais pas vu Jojo depuis dix ans. J’ai cru rue Notre-Dame-de-Lorette croiser un fantôme ! », on peut interpréter la phrase de façons différentes : ou bien vous pensiez Jojo mort et vous avez peur de voir un mort-vivant ! Il réapparaît dans votre imaginaire alors que vous l’aviez déjà rangé dans une case définitive ; c’est un fantôme car, pour vous il sort du royaume des morts. Ou alors c’est le contraire : vous ne saviez pas Jojo malade. Soudain il vous apparaît extrêmement amaigri, blême, comme si justement, il était déjà près de quitter cette terre. Il a, comme on dit, déjà un pied dans la tombe : vous avez cru voir un fantôme car il n’a plus vraiment l’apparence des vivants, en tout cas des vivants bien portants.

Mais souvent le mot s’emploie aussi pour désigner ce qu’on a voulu faire passer pour réel et qui ne l’est pas... Si par exemple vous avez versé une avance pour faire faire des travaux chez vous… mais personne ne vient les réaliser. Vous persistez jusqu’à ce que vous vous aperceviez qu’il s’agit d’une entreprise fantôme : elle n’existe pas vraiment, autrement que sur le papier et vous vous êtes fait escroqué ! « Fantôme » est donc souvent synonyme d’inexistant. Le gouvernement fantôme n’a donc pas forcément bonne presse.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 29/06/2007