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Les mots de l'actualité
C’est en ce moment que se déroule, en Zambie, à Lusaka, le VIIIe Congrès des professeurs de français africains. Et comme j’y assiste, j’ai entendu un certain nombre de mots, dont certains m’ont frappé parce qu’ils sont tout à fait nouveaux. En particulier, hier, j’ai entendu parler d’africanophonie, un mot qui a suscité la perplexité, parfois le sourire, parfois le froncement de sourcils, parfois aussi l’adhésion. Et il y a un certain nombre de congressistes qui s’y sont retrouvés.
C’est un mot identitaire et en même temps c’est un mot paradoxal. Pourquoi ? Parce que, en apparence, le mot ne veut rien dire. Il faut être clair : l’africanophonie, ça n’existe pas ! Un francophone, on sait ce que c’est : c’est quelqu’un qui parle français. La francophonie est la zone où l’on parle le français, ou du moins, c’est la zone où du français se parle !
De même l’anglophonie, la lusophonie, l’arabophonie, la russophonie… ce sont des zones où on parle anglais, portugais pour la lusophonie, arabe ou russe. Et ces mots correspondent à une formation qui s’emploie pour des langues qu’on utilise dans plusieurs zones, hors de leur pays de naissance le plus souvent, et ça correspond la plupart du temps à une zone d’influence culturelle.
Alors, l’africanophonie, est-ce que c’est une zone où l’on parle africain ? Le problème c’est que l’africain, ce n’est pas une langue ! Quel est le sens du mot ? Peut-être que ça renvoie à une zone où les langues africaines sont parlées, c’est-à-dire l’Afrique ! Alors on pourrait dire l’Afrique, seulement on dit l’africanophonie, pour mettre l’accent sur les langues africaines.
Donc, cet africanophonie est peut-être un genre d’illusion, mais qui correspond quand même à quelque chose. Pourquoi ? Parce qu'on parle beaucoup de francophonie, notamment en Afrique. On avait peut-être à cœur de mettre en regard de cette francophonie une autre réalité : non pas toujours le français qui est partenaire des langues africaines, mais le français unique qui est partenaire de l’africanophonie. Alors certains se sont moqués : Comment ça ? Est-ce qu’on parle d’européanophonie, d’asiaphonie, d’américanophonie ? Ca n’existe pas !
Alors pourquoi parler d’africanophonie ? Ces langues africaines ont-elles toutes une parenté ? Non ! Le wolof et le zoulou, ça n’a pas grand-chose à voir. Mais certains linguistes africains présents, ont tenu à faire savoir que pour eux on sentait une certaine appartenance : même s’il n’y a pas vraiment de communauté de structure ou même de communauté de pensée, il y a une communauté de situation. Oh, elle est faible, hein : toutes les langues africaines n’ont pas le même fonctionnement, ni la même fonction ! Certaines sont vernaculaires, c’est-à-dire que ce sont des langues maternelles, d’autres sont véhiculaires, elles permettent à des gens de se parler entre eux alors que leur première langue n’est pas la même.
Mais l’africanophonie est peut-être un genre de fourre-tout linguistique qui correspond à un sentiment panafricain !
Yvan Amar
Article publié le 27/09/2007
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