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Grenelle de l’environnement… C’est l’un des rendez-vous les plus importants de ce mois d’octobre. Il s’agit de discussions entre les responsables de l’Etat et d’autres, des professionnels qui viennent d’un peu partout – ce qu’on appelle la « société civile » – pour établir des lignes politiques sur de grands sujets d’environnement : les changements climatiques, la préservation de la biodiversité, les modes de production durables, etc. Mais que se cache-t-il derrière ce nom mystérieux… Pourquoi « Grenelle » ?
« Grenelle » est devenu synonyme de négociations avec le gouvernement, c’est qu’au départ ce nom a désigné des négociations importantes longues et difficiles.
Nous sommes le 25 mai 1968… Et en France, c’est la grève générale. On est même au faîte des « événements » de ce mois extraordinaire qu’a été mai 68. Plus d’entreprises au travail, plus d’étudiants dans les amphis, plus de lycéens dans les lycées et ça depuis pas mal de temps. Mais on n’a plus non plus de transports, d’essence, d’administration, d’éboueurs, de télévision : le pays s’est arrêté.
Le 25 mai, on commence à négocier. Rue de Grenelle, au ministère du Travail. Qui ça « on » ? Georges Pompidou et quelques-uns de ses proches collaborateurs, inconnus du public à l’époque – Jacques Chirac et Edouard Balladur, notamment – mais aussi des syndicalistes (Georges Séguy, Eugène Descamps) et des représentants du patronat… Les négociations sont longues, du samedi jusque dans la nuit du dimanche au lundi. On parle argent, salaires, mais en fait on parle plus de changer les conditions de travail que de changer la vie. Il faut dire que les syndicats ne sont pas les manifestants…
Le lundi 27, Séguy présente aux travailleurs de Renault les résultats du « Protocole de Grenelle ». L’accueil n’est pas bon ; les travailleurs n’en veulent pas. Mais ces accords sont, malgré tout, le signe d’une normalisation à venir du pays.
Et ce mot de « Grenelle » a donc pris le sens de « négociations marathon ». On aurait pu choisir Matignon : les accords de Matignon avait mis fin aux grèves de 1936. Mais le mot est souvent synonyme du pouvoir du Premier ministre.
Quant à Grenelle, le mot avait déjà un passé historique lointain, avec l’affaire du camp de Grenelle. Cela nous ramène au temps de la Révolution, ou juste après… L’opposition républicaine au Directoire avait tenté en 1796 de fomenter des troubles, et prévoyait d’abord de soulever un Régiment de Dragons, cantonné dans la plaine de Grenelle. Le gouvernement eut vent du complot, laissa faire pour mieux étrangler la rébellion, et profita de l’affaire pour décapiter toute l’opposition.
Yvan Amar
Article publié le 12/10/2007
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