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Les mots de l'actualité

HÔTESSE   29/10/2007

 

Grève à Air France des stewards et des hôtesses de l’air. Deux mots bien différents donc, mais qui renvoient à peu près au même métier : il s’agit du personnel d’accueil dans les avions.

Le mot d’hôte de l’air ne convenait pas probablement, et on a intégré le mot anglais. Pour l’hôtesse de l’air, on aurait d’ailleurs pu dire la même chose, sauf que la traduction par calque était facile : l’expression « air hostess » a été transcrite en français dès les années 30. Il faut dire que le mot d’hôtesse de l’air correspond à toute une mythologie : celle de l’aviation d’abord, puisque l’expression date d’une époque où les avions étaient rares, et où leur usage était réservé à une clientèle extrêmement privilégiée.

Les hôtesses de l’air sont donc d’abord des mannequins, ou presque, des femmes très décoratives, sélectionnées pour leur beauté et leur grâce, ce qui correspond bien à un solide machisme : une très belle femme pour s’occuper d’un homme qui prend l’avion. Et ce mot d'« hôtesse » s’emploie souvent pour ces services de charme, où les femmes doivent accueillir et séduire et charmer.

On n’est donc pas dans la prostitution, on sait s’arrêter, et d’ailleurs tout ça se fait en public ; mais malgré tout, on est dans un échange de services un peu ambigu, on parle bien d’hôtesse de charme : là on est dans l’euphémisme pour évoquer la prostitution sans le dire.

Le mot « hôtesse », de façon plus courante et moins équivoque, désigne celle qui accueille et souvent qui vous invite. Il peut s’agir d’un service tarifé (la patronne d’un restaurant), mais dans ce cas, on fait presque semblant d’oublier qu’on va payer son écot.

Car l’hôtesse c’est d’abord celle qui vous invite chez elle. « Hôtesse » est dans ce cas le féminin d’« hôte ». Féminin exact ? Non, car ce mot d’« hôte » est très particulier en français : c’est l’un des seuls dont la signification puisse s’inverser. L’hôte est celui qui vous invite, mais le mot désigne aussi l’invité : il s’emploie pour les deux rôles, qui sont pourtant inverses, exclusifs l’un de l’autre. Alors, commet s’y prendre pour savoir de qui l’on parle ? Impossible ! Seul le contexte et l’intelligence de l’auditeur permettront qu’on s’en sorte.

Notre hôte a été plein de délicatesse : c’est celui qui reçoit. Venez à la maison demain soir, vous serez mon hôte : il s’agit de l’invité. Et parfois même les hôtes sont les habitants : « Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois », dit le renard au corbeau. Il est vrai que c’est pour le flatter et la phrase est donc un peu ampoulée. Il est vrai aussi que c’est du La Fontaine, donc de la langue du XVIIe siècle, mais ce langage, même s’il est recherché, est encore compris aujourd’hui. Mais on est dans un registre de langue un peu affecté.

Si l’on dit « mon cousin est un hôte délicat, qui reçoit toujours ses invités avec la plus grande délicatesse. Il évite de servir de la viande quand Aurélie est là car elle est végétarienne, et il achète toujours du thé de Chine pour Toto qui l’adore… », on voit bien qu’on veut rendre compte de la délicatesse du cousin par un mot tout aussi délicat.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 29/10/2007