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Annapolis ? Une ville américaine qui a en ce moment les honneurs de la presse : on s’y presse, on en parle, car c’est l’endroit retenu pour la dernière conférence sur la paix au Proche-Orient. Cette capitale de l’Etat du Maryland ne fait d’habitude pas tant parler d’elle, et c’est justement une bonne raison de se poser une rapide question sur son nom.
C’est bien un nom de ville, mais ce ne fut pas le premier nom de cette cité qui date de la moitié du XVIIe siècle et fut fondée par des puritains exilés de Virginie. Nommée un temps « Town at the Severn » d’après le nom de la rivière qui voisine, puis « Anne Arundel’s Town », en hommage à la femme de Lord Baltimore, elle a gardé un souvenir de cet amour pour ce prénom, et fut rebaptisée « Annapolis » en 1694, pour honorer la Princesse Anne, fille de Jacques II d’Angleterre, qui allait devenir reine peu d’années plus tard.
Dans cette colonie anglaise qui n’est pas encore l’Amérique indépendante, on a besoin d’honorer les gens qu’on révère, et de se souvenir d’autant plus du plus ancien des mondes qu’on est dans ce qu’on appelle le Nouveau Monde, peu connu des Européens, et des colons. Alors on mêle le nom des gens importants à des souvenirs antiques, quand on nomme villes ou territoires.
Annapolis est un bon condensé de cette tendance, puisque polis signifie ville en grec et que son usage se voit en plusieurs exemples américains, Minneapolis par exemple. Ce souvenir d’une culture grecque se mêle parfois d’ailleurs à ce que les colons trouvent en arrivant : les cultures indiennes. La plupart des noms géographiques américains sont indiens, mais parfois, justement, on les a métissés de grec. « Minne » est un préfixe emprunté à la langue des Sioux, qu’on retrouve dans d’autres noms, comme Minnesota, et qui veut dire « eau ».
La ville d’Indianapolis est encore plus révélatrice : de même que l’Etat d’Indiana était considéré (un temps… car hélas, ça a changé) comme le territoire des Indiens, où les Indiens étaient chez eux, Indianapolis semble être la ville des Indiens, nommée avec ce souvenir de la culture grecque. On est bien au cœur des contradictions américaines.
Il n’y a pas qu’en Amérique qu’on trouve de pareilles formations, mais les villes européennes, quand on y fait allusion en français, ont souvent un nom francisé. Constantinople en est le meilleur exemple. Cette ville, dont le nom renvoie à l’empereur Constantin, n’était pas appelée Constantinopolis, du moins pas en français ! Quant à Andrinople, ville située dans l’actuelle Turquie, c’est pareil. L’empereur Adrien la fortifia, la développa, et la fit renommer d’après son nom. Le suffixe a fini par tomber, et la ville s’appelle aujourd’hui Edirne, déformation d’Andrin. Et on a même le suffixe « –pol », comme dans Sébastopol en Ukraine.
Yvan Amar
Article publié le 28/11/2007
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