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Les mots de l'actualité

TÊTE A CLAQUES   29/11/2007

 

« Têtes à claques », au pluriel, c’est le nom d’une production publicitaire originale, qu’on doit à un Québécois, Michel Beaudet, et qui a eu hier les honneurs du journal le Monde. En effet ce quotidien sérieux consacre toute une page à ce site original et au DVD qui vient de paraître : de nouvelles images, de nouvelles animations originales, au service le la publicité, de drôles d’animations qui mêlent dessin et images réelles, et présentent des têtes bizarres. De là le titre, bien choisi : têtes à claques.

L’expression existe et elle a un sens spécial en français, même si elle n’est pas particulièrement flatteuse. Si l’on traite quelqu’un de tête à claques, c’est qu’on le pense un peu trop sûr de lui, vaniteux, aimant se pavaner, et se faire voir, narcissique, c’est-à-dire s’occupant beaucoup de sa petite personne, et étant certain qu’elle est extrêmement importante.

C’est donc celui qu’on a envie de claquer qu’on appelle une tête à claques ; et le claquer, dans ce sens, c’est le gifler, le souffleter comme on disait jadis, lui envoyer une beigne, une mandale, une baffe, une mornifle, une tarte, une torgnole, ou même, si on veut doubler la dose, un aller-retour.

On le voit les mots familiers, voire argotiques, ne manquent pas. Et ça se comprend : ce geste violent déborde du cadre des bonnes manières et des rapports courtois, comme la langue familière déborde des cadres de la langue surveillée.

Mais revenons à notre expression : une tête à claques semble attirer, susciter les claques. Cette formation se retrouve-t-elle dans d’autres exemples ? Quand on n’est pas tête à claques, on est tête à quoi ? Eh bien, pas à grand-chose, il faut bien le dire. Le titre de l’article du Monde l’indique bien d’ailleurs, puisqu’il fait référence à Michel Beaudet, comme « tête à succès ». En effet tout semble sourire à ce publicitaire inventif, mais, la formule « tête à succès », si elle est très compréhensible et qu’elle lui va comme un gant, n’existe pas en français en tant qu’expression toute faite.

Le moule qui est productif, ce n’est pas « tête à… » c’est « tête de… », et on le retrouve également dans une langue familière ou argotique. Pas toujours vulgaire d’ailleurs : « tête de linotte », par exemple, est charmant. La linotte est un petit oiseau, et souvent ce sont les oiseaux, supposés se conduire d’après leurs humeurs, ou l’air du temps, qui servent de comparaison pour des personnes peu réfléchies ou étourdies. Et c’est bien le sens de « tête de linotte ».

« Tête de cochon », qu’on retrouve modulé en « tête de lard », est plus péjoratif, même si ce n’est pas forcément insultant. On met l’accent sur l’obstination, l’entêtement, la difficulté à écouter les avis d’autrui. « Tête de mule » signifie la même chose et on retrouve ce genre de formation, non avec des animaux censés représenter ce travers, mais avec des matières : plus elles sont dures, plus on donnera l’impression que la tête de quelqu’un est imperméable, fermée à toute idée de changement : « tête de bois », et plus anciennement encore, « tête de fer ».

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 29/11/2007