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« Ma plus belle histoire, c’est vous » ! C’est le titre du livre de Ségolène Royal qui sort aujourd’hui.
Les titres des livres écrits par des personnages politiques sont toujours très réfléchis en fonction du but à atteindre, du public à toucher, de l’image à donner. Et la parution du livre de Madame Royal est bien sûr un geste de communication politique. L’examen de son titre en est donc intéressant. Il faut savoir d’abord qu’il s’agit d’une citation, d’un clin d’œil à la chanteuse Barbara. Elle est morte il y a tout juste dix ans, et cet anniversaire a été très célébré ; il est donc astucieux de se placer dans ce rayonnement.
Pourquoi une citation ? Parce que l’une des chansons à succès de Barbara s’intitule « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous ». Et au lieu de raconter une histoire intime, cette chanson dévoile un trait de caractère particulier de la chanteuse : le texte s’adresse à son public, à ceux qui l’écoutent. Et elle qui avait fait tant de confidences sur des histoires d’amour avec des individus, révèle en fait que la plus importante est celle qu’elle entretient avec son public ; ceux qui l’écoutent et l’aiment collectivement, sans la connaître personnellement. Mais on peut comprendre aussi que l’artiste donne plus d’importance et de prix à sa vie publique qu’à sa vie privée, et qu’elle se consacre à ceux qui l’écoutent et qui viennent la voir chanter.
Revenons à Ségolène Royal : le clin d’œil est clair, et on comprend qu’il s’adresse à une femme, et d’ailleurs à une femme très singulière, qui avait relativement changé la figure de la femme chanteuse… Elle-même d’ailleurs ne se disait pas chanteuse, mais disait d’elle, « je suis une femme qui chante ».
Cela dit, le titre est changé, malgré tout : elle écrit « ma plus belle histoire, c’est vous ». La référence explicite à l’amour est gommée, mais c’est peut-être une façon de réinterpréter la position de Barbara : on peut considérer que le livre est adressé d’abord à ceux qui l’ont soutenue, et qui ont voté pour elle à la dernière élection présidentielle. Une manière de dire : ce qui compte pour moi, c’est que vous m’ayez choisie, même si je n’ai pas gagné l’élection : mon histoire n’est pas celle du pouvoir, mais celle qui me lie à ceux qui soutiennent mes idées, à ceux dont j’incarne les préférences.
Mais le titre peut peut-être se lire à plusieurs niveaux. Ségolène Royal raconte l’histoire de sa candidature à l’élection présidentielle : une façon de montrer aussi que si elle n’est pas arrivée jusqu’à une victoire finale, elle a fait un long parcours pour devenir la candidate du Parti socialiste, éliminé une série d’obstacles l’un après l’autre… une manière donc de créer une histoire entre la candidate et les électeurs, en court-circuitant les pontes du Parti, les éléphants, tous ceux qu’elle a contournés comme des obstacles ou dont elle a réduit ou désarmé l’hostilité.
Enfin le mot « histoire » n’est pas choisi par hasard. Même s’il est écrit avec un « h » minuscule, nul n’oubliera que Ségolène aspirait, aspire peut-être toujours, à ce qu’on appelle un destin national !
Yvan Amar
Article publié le 04/12/2007
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