publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
Mots de l'actu
 
Annonce Goooogle
Annonce Goooogle
Comprendre l'actualité

Les mots de l'actualité

HORREUR   13/12/2007

 

« L’horreur ! » C’est le mot qu’on trouve à la une – c’est à dire en titre de la première page – des principaux quotidiens français, pour décrire, ou plutôt ne pas décrire l’attentat qui vient d’être commis à Alger. Peut-on parler d’un cliché ? L’ironie en tout serait de mauvais goût ! Mais c’est une habitude de la presse d’utiliser un certain nombre de mots pour donner l’impression qu’on est au-delà des mots, au-delà de l’ordinaire.

Non pas décrire l’indescriptible, puisque c’est impossible, contradictoire. Mais donner déjà cette indication : « On est dans l’indescriptible ; ça ne se décrit pas ; c’est au-delà de ce qu’on peut transmettre ou imaginer » C’est donc de la rhétorique : une certaine façon d’organiser ce qu’on dit, ou ce qu’on écrit pour produire un certain effet et envoyer un message. D’autant que souvent, ce mot d’horreur est employé dans un titre, et qu’on l’utilise comme une phrase, comme un mot-phrase : pas de verbe, pas même d’autres mots parfois : « L’horreur ! » Comme si ce qu’on avait vu était si terrible que ça ne suscitait qu’un simple cri, en deçà du langage.  Mais malgré tout, ce cri prend la forme d’un mot unique.

Que veut-il dire, ce mot d’horreur ? On peut déjà noter que le substantif horreur a une charge affective bien plus grande que l’adjectif qui en dérive, horrible… Beaucoup de choses peuvent être horribles, sans que ça prête trop à conséquence : le mot est assez banalisé. Le nom horreur l’est beaucoup moins. Il l’est parfois, n’exagérons pas : on peut dire : « Il y avait une circulation folle cet après-midi ; j’ai mis une heure pour rentrer ; c’était l’horreur ! » On voit bien que ce n’est pas d’une gravité exceptionnelle.

On dit parfois simplement « quelle horreur ! », c’est une expression toute faite. De même l’expression « j’ai horreur de telle ou telle chose », qui correspond en gros à « je déteste, je n’aime pas du tout », et qui appartient au vocabulaire tout à fait courant : j’ai horreur de la soupe au potiron, des gens qui trempent leurs tartines dans le café, des colliers de barbe sans moustache…

Par extension, l’horreur représente parfois la chose elle-même qui fait horreur, et on trouve aussi des formules un peu toute faites, qu’on emploie la plus part du temps de façon assez atténuée, ou même parfois par ironie. « Les horreurs de la guerre » par exemple est une locution qu’on voit très rarement employée au sens propre.

D’autres mots sont de la même famille : horrifier qui veut dire au départ faire horreur, remplir d’horreur, et là encore la gamme d’utilisations est très vaste. On peut être horrifié par un crime ou par un attentat ; on peut être horrifié par le prix du café dans une brasserie de luxe. Quant à horrifique, c’est un adjectif qui n’existe pas dans la langue moderne ordinaire. Mais il est resté dans les mémoires à cause de Rabelais qui au 16ème siècle l’employait à propos de ses célèbres géants. On le rencontre donc encore, uniquement à titre de clin d’œil, employé par plaisanterie.

Mais il faut rappeler quand même l’origine de tous ces mots, qui nous viennent du latin, et qui au départ évoquent le hérissement des poils : il s’agit donc de spectacles qui émeuvent tant que les poils se dressent de peur. Et le mot est resté assez expressif, notamment à cause de sa prononciation, de ses deux « r » qu’on peut faire sonner pour accentuer le sens du mot : HoRReur !

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 13/12/2007