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Les mots de l'actualité

SALVADOR   15/02/2008

 

Zorro est reparti ! C’est ce qu’on peut se dire tristement, à l’annonce de la mort d’Henri Salvador, ce chanteur populaire qui nous a laissé avec ses grands succès, des mots, des phrases, des formules si connues qu’elles sont presque passées en proverbe, tout au moins en citations qui émaillent encore la langue d’aujourd’hui.

La plus connue, c’est certainement « Zorro est arrivé ». Cette chanson qui date du milieu des années 60, met en scène ce personnage sympathique, déjà très célèbre avant que Salvador ne le chante, et connu sous le nom du justicier masqué.

C’est tout un mythe que Zorro, popularisé par des bandes dessinées, des films et des séries télévisées ; c’est une touche aristocratique dans le monde du Far West, c’est un fils de famille un peu indolent qui en défenseur des opprimés, anonyme sous son masque, combat pour la bonne cause. Un peu trop parfait, mais c’est cela qui le rend sympathique, il arrive toujours à faire triompher le bien et la justice, en dénouant au dernier moment, les causes les plus desepérées : Zorro est arrivé, sans se presser, le grand Zorro, le beau Zorro, avec son cheval et son grand chapeau !

Rusé comme un renard, (c’est le sens de son surnom, Zorro, en espagnol) ; élégant et désinvolte, c’est un mythe que Zorro, dont on se sert parfois pour se moquer de ceux qui se préoccupent au dernier moment d’une situation très mal engagée, et veulent se prévaloir d’un succès, si les choses tournent bien : Il est arrivé comme Zorro ! Au dernier moment, pour tirer les marrons du feu !

Mais Henri Salvador a laissé d’autres traces : sa chanson « Nos ancêtres les Gaulois », par exemple, a mis l’accent sur cet effet particulièrement grotesque de la colonisation, de faire passer l’Histoire de France pour celle du passé des colonisés.

Henri Salvador, né en Guyane et d’origine caribéenne par sa mère, espagnole par son père, est particulièrement bien placé, même s’il n’a pas été le premier à le faire, pour ridiculiser l’impérialisme culturel et illogique dont fait preuve cette formule scolaire, qui évoque l’école républicaine du début du XXe siècle.

Cette fausse mythologie gauloise lui tient à cœur puisque dans une autre de ses  chansons à succès, il évoque encore ces légendes : faut rigoler, faut rigoler, avant que le ciel nous tombe sur la tête… pour empêcher le ciel de tomber ! On est encore dans cette légende qui voulait que les Gaulois n’eussent peur de rien, sinon que le ciel leur tombe sur la tête. Avant le succès d’Astérix, Henri Salvador avait remis en perspective une certaine idée de l’identité française et de ses fantasmes d’origine.

En même temps qu’avec sa gaieté communicative, il savait souvent remettre en cause les idées reçues en les retournant. Le plus bel exemple en est sûrement sa chanson « Le travail, c’est la santé » qui se continue en affirmant « Rien faire, c’est la conserver ! » La blague est certainement un peu facile, mais elle permet de remettre en question ces affirmations péremptoires, qui sous couvert d’un solide bon sens populaire, font passer toute une idéologie moralisante.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 15/02/2008