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Les mots de l'actualité

BICÉPHALE   05/03/2008

 

La Russie bicéphale ! C’est l’expression qu’on entend depuis le dernier scrutin, qui a porté à la présidence Dmitri Medvedev, alors que Vladimir Poutine demeure son tout-puissant Premier ministre. Pourtant on ne fait pas totalement de Medvedev un fantoche entre les mains de Poutine, et nul ne sait si ses appétits de pouvoir ne vont pas essayer de secouer le joug de son mentor encombrant. Pour l’heure, la Russie a donc deux hommes forts qui la dirigent, et la voilà bicéphale.

Bicéphale, c’est-à-dire littéralement « à deux têtes ». En effet, le préfixe « bi- » signifie deux, et kephalè en grec, veut dire tête. La racine n’est pas si courante dans les mots français, mais on la trouve parfois : « hydrocéphale » associe l’eau à la tête, et désigne une pathologie dont le symptôme est l’excès de liquide céphalo-rachidien dans les cavités du cerveau. De l’eau dans la tête ? Pas exactement, mais c’est l’image populaire qu’on associe à cette maladie. Quant à la céphalalgie, ou la céphalée, c’est le mot savant qui désigne le mal de tête. Mais on ne l’emploie qu’avec le sourire (ça fait vraiment cuistre sans ça !), ou alors dans un contexte purement médical.

En revanche, l’adjectif « bicéphale » est d’un emploi relativement courant, avec toujours la même fonction : il ne s’agit pas d’un sens propre. Pourtant les créatures bicéphales ne sont pas rares, même si elles sont fictives ; l’aigle par exemple, symbole de l’Allemagne, mais aussi présent dans les armes de la ville de Nice. Seulement on dit presque toujours l’aigle à deux têtes, et non l’aigle bicéphale.

En revanche, le mot s’emploie quand un pouvoir est réparti entre deux personnes : si deux jumeaux par exemple, dirigent ensemble une entreprise familiale. Cela ne signifie pas que chacun ait exactement les mêmes compétences ou les mêmes responsabilités que l’autre. Mais on insiste sur l’absence de hiérarchie : aucun des deux n’est au-dessus, aucun des deux n’est censé l’emporter. Et si jamais il y a un différend, il faut transiger, négocier, arriver à une solution de compromis : aucun n’imposera son point de vue.

Le cas russe est un peu particulier : à l’évidence, il s’agit d’une stratégie qui permet à Poutine de ne pas abandonner la réalité d’un pouvoir auquel il tient, même si, officiellement, il ne peut plus y prétendre. On n’est donc pas face à une équipe Président-Premier ministre ordinaire. Ces équipes, ces duos, ces tandems comme on les appelle parfois, laissent en principe leur place à une certaine hiérarchie : le président préside et le Chef du gouvernement gouverne, comme avait dit, en substance, Laurent Fabius, alors Premier ministre de François Mitterrand. Mais le président a la prééminence sur l’autre.

Il y a d’ailleurs un mot particulier pour désigner cet attelage : le ticket. Ce mot nous vient en droite ligne d’Amérique, et on utilise le mot anglais lui-même ! Il s’agit d’une pratique purement américaine, même si parfois elle peut être imitée, qui consiste pour un candidat à la présidence à présenter celui ou celle qu’il prendra comme Premier ministre. Le ticket, c’est l’assemblage des deux, et on peut ainsi voter non pour une seule personne, mais pour une équipe, en tout cas un embryon d’état-major.

 
Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

Yvan  Amar

Article publié le 05/03/2008